Vendredi 24 février 2012
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"Je suis un homme de parole", a dit textuellement M.Sarkozy dans un entretien à bâtons rompus avec des journalistes. Il s'agissait de la raffinerie Petroplus qui risque la panne sèche et
à laquelle il aurait trouvé, avec Shell, une solution susceptible de la faire tourner pendant six mois. Ce dépannage électoral lui a permis de gonfler un peu le torse. Lui qui snobait
depuis le début du quinquennat ce moyen de transport, trouve soudain au chemin de fer beaucoup de vertus.
Entre autres choses cela lui permet de prolonger un peu plus ses monologues avec une presse, bon public, friande de ses sorties. Quelques perles: "Hollande est un rigolo"; "les socialistes
voulaient DSK, ils ont eu Hollande!"; "comparez mon meeting de Lille avec celui de Hollande au Mans...! "Le livre de Hollande: on n'a pas idée de juger ses autres concurrents!" L'expert multiplie
les saillies. Elles le rassurent. Le plus souvent, cette thérapie, il la pratiquait devant le petit monde de ses collaborateurs. Un public silencieux ou admiratif. Ou les deux. Sarkozy ne
prend jamais le risque d'être contredit. Un matamore de salon.
L'homme de parole qu'il prétend être n'a pas tenu un seul de ses engagements importants de 2007. Aucun en tout cas de ceux qui avaient constitué le socle de sa campagne. Il a été un mauvais
président dans tous les domaines: l'économie, le social, l'éducation...Mais il essaie de se convaincre qu'il a tout lieu d'être content de lui. En politique étrangère, il ne planifie pas une
action de longue haleine. Quelle suite, par exemple, a été donnée à la grandiose conférence "de la Méditerranée", célébrée à grands frais au Grand Palais avec une gratin extraordinaire de
personnalités de premier plan? Rien n'a suivi, ni ne peut suivre après les mauvaises manières en cascade faites gracieusement à la Turquie. Ce devait être pourtant la clé de voûte de son règne!
Tout le reste n'a été que conjoncturel. Son agitation fébrile dans les G20 et les sommets européens, quand il lui revenait de jouer les premiers rôles, l'ont autant exténué lui-même qu'ils ont
fatigué ses partenaires. Pour un résultat sans rapport avec l'effort du grimpeur de cols varois.
Faute de parler de son bilan, ce qui serait son devoir de sortant, il continue, jour après jour, à imaginer des "coups". Le plus grandiose devait consister à faire étalage de l'appui, un peu
contraint, que lui apporte Angela Menkell. "Elle sera à ses côtés dans un ou plusieurs grands meetings", disait son entourage. Mais dix jours plus tard, cela ne fait plus partie de l'actualité.
"Dans les circonstances présentes cela ferait mauvais genre", aurait-il dit...Comment imaginer que l'on puisse confier les clés de la maison France à ce grand agité, pendant cinq ans de plus?
Antoine Blanca
Par Antoine Blanca
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Jeudi 23 février 2012
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Le regime qui confisque le pouvoir en Syrie depuis 1969 (établi cette année-là par le père, Hafez el Assad, de l'actuel Président) est sans doute le plus complexe du Moyen Orient. Il résulte d'un
système à la fois subtil et brutal d'alliances inter-religieuses, tribales, ethniques et politiques que seul le Chef suprême est susceptible de fédérer. Un écheveau d'intérêts, parfois
contradictoires, que longtemps personne ne s'est hasardé à démêler: bousculer le système c'était courir un risque mortel. Police secrète (moukhabarate), police en uniforme, différents corps
d'armée, cadres et militants du parti officiel, dignitaires de toutes les religions cohabitant difficilement dans le pays: tout le monde se tient par la barbichette et Bachar el Assad est chargé
de donner une manière de cohésion, de garantir la survie à ses complices, d'imposer une forme de sinistre harmonie à cet univers cruel et composite. Par l'appât du pouvoir et des avantages
inavouables qui l'accompagnent, par la terreur la plus abominable quand le Président le juge nécessaire. En Syrie, depuis des décennies, la peur s'insinue par tous les pores de l'individu, du
citoyen ordinaire au Chef suprême lui-même. L'Omerta est partout la règle.
C'est cette atmosphère difficilement respirable que décrit la Libanaise Dominique Eddé dans son roman Kamal Jann, héros pathétique dans un monde dominé par le secret, les suicides
douteux, l'assassinat programmé ou improvisé avec délice. Empoisonné lentement, par sa femme avec la complicité subie de sa propre fille, un grand chef des services secrets agonise. Dans son
délire, il voit défiler sa vie d'ordonnateur du crime d'Etat. Autour de lui, à Damas, mais aussi au Liban et à Paris, ses proches, ses commanditaires, ses complices et ses amis d'hier. Eux aussi
se penchent sur leur passé. Tout le monde sait que cette mort a été voulue au sommet. Et tout le monde se tait. Diplomates étrangers, agents secrets, généraux et bourreaux professionnels...
Kamal Jann est le neveu du grand gestapiste qui l'a élevé après avoir fait assassiner son père et sa mère. Pendant des années, il a aussi abusé de l'enfant, son pupille, du moins jusqu'à ce qu'il
atteigne l'âge de l'adolescence. Le premier tortionnaire du pays était ainsi un pédéraste en famille.
Le lecteur se voit contraint de vivre comme un acte de justice ce meurtre silencieux du puissant déchu. On comprend un peu mieux, en refermant le livre, les événements dans ce pays où beaucoup
paraissent être désormais décidés à mourir en martyr. Pour retrouver un peu de la dignité perdue.
Antoine Blanca
NB: Dominique Eddé écrit dans une langue à la fois pure et enlevée. Les dialogues sont géniaux (éditéé par Albin Michel, Paris 2012).
Par Antoine Blanca
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Mardi 21 février 2012
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Nous disons "sarkozysme", mais c'est le pluriel qu'il serait plus approprié d'utiliser, tant il a été sujet à des mutations au gré des humeurs de son protagoniste. Ce dernier incarne une droite
bien singulière: certains ont pu croire qu'il cherchait, un moment, à créér un nouvel équilibre avec l'apport d'individualités de gauche. Eric Besson, passait ainsi carrément du Secrétariat
national du PS à la direction de campagne du Sarkozy 2007. Si son cas est resté unique dans sa plénitude, les incitations à un flirt plus ou moins poussé se sont multipliées au cours des trois
premières années du quinquennat: y ont plus ou moins succombé Michel Rocard, Jack Lang, Jacques Attali et quelques autres moins voyants.
Le cas Allègre est à part. D'abord parce que le personnage est "un cas" à lui tout seul. Ensuite parce que son appartenance à l'idéologie socialiste se limitait à sa relation d'amitié avec Lionel
Jospin. Son action ministérielle a consisté à démolir les relations historiques du PS avec le monde de l'enseignement. Son offre de services à Sarkozy remonte à cinq ans. Ils viennent seulement
d'être formellement acceptés. De quel poids pésera-t-il auprès de son nouveau maître? Encombrant plus qu'utile.
Par la suite les mutations du sarkozysme se sont multipliées au gré des événements, des calculs tactiques instantanés, des intuitions du leader. La fin du quinquennat aura été dominée par la
tentation d'extrême droite...Désormais il a sombré dans la frénésie.
Mais la qualification du"sarkozysme" est impossible à établir. Davantage qu'une démarche politique il s'agit d'une humeur. Comme telle naturellement changeante. Le plus remarquable dans cette
affaire est la capacité d'adaptation du personnel de la droite classique. Même si, affirme-t-on, elle n'a pas vraiment aimé son chef, elle s'est toujours pliée à ses caprices. Le signe d'une
grande souplesse d'échine corporative.
Cette autopsie, un peu précipitée, concerne une manière très singulière de vivre le conservatisme politique. Jamais ce dernier n'avait été à ce point mutant. Il demeure que sur l'essentiel le
sarkozysme a ses constantes: libéralisme économique et financier, pro-américanisme primaire, aversion mal contrôlée vis-à-vis de tout ce qui est musulman (cela inclut la Turquie), admiration sans
mesure de l'Etat d'Israël. Ce qui ne fait pas, reconnaissons-le, une politique étrangère cohérente.
Nous en avons pleine conscience: on ne peut pratiquer d'autopsie que sur un cadavre. C'est donc celle du sarkozysme, dans ses métamorphoses successives, que nous avons tenté de pratiquer. Le
"fondateur" lui-même est toujours bien vivant. Et n'a pas fini de nous le rappeler.
Antoine Blanca
Par Antoine Blanca
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Lundi 20 février 2012
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11:56
Hier dimanche, 600000 Espagnols ont défilé dans 57 villes, dont Madrid, Barcelone, Valence et Séville. C'est le chiffre sur lequel les observateurs indépendants se sont accordés (par exemple les
confédérations évaluaient le chiffre de manifestants à un demi-million à Madrid, et la police, à 50000...). Les dirigeants syndicaux n'espéraient pas de telles affluences. Même si le
mécontentement est palpable face à la dureté anti-sociale des mesures adoptées par le nouveau pouvoir conservateur, le sentiment d'impuissance domine et favorise la démobilisation. Le monde du
travail ne croit pas envisageable un recul du gouvernement nouvellement installé, décidé qu'il est à appliquer une politique conforme au souhait de ses responsables, et aux voeux de ses
partenaires européens, du FMI et de la Banque mondiale, des principales agences de notation (qui viennent pourtant encore de dégrader la note de l'Espagne...).
Un ami syndicaliste, au téléphone, après avoir défilé à Alicante:
"Nous regardons avec angoisse ce qui se passe en Grèce. Notre situation n'est pas aussi dramatique que la leur, mais le sentiment que nous avons de ne pas avoir prise sur notre destinée est
identique. Les grandes manifs à Athènes n'ont abouti à aucun résultat concret. La presse ne parle et ne montre que les destructions, la violence. Heureusement les services d'ordre de l'UGT et des
Commissions Ouvrières tiennent, chez nous, la rue bien en main. Mais nous nous sentons intimement incapables de changer le cours des événements. Le pouvoir mondial de la finance est en train de
nous anesthésier. Regardez en France: vous avez réussi six grandes manifestations nationales contre le nouveau régime des retraites. Pour quel résultat? Néant. Les Français avez cependant un
avantage considérable sur nous: ici la gauche vient de perdre les élections; vous, vous avez toutes les chances de les gagner". Le responsable de la Confédération socialiste (UGT), me tape
(téléphoniquement) sur l'épaule avec un pauvre sourire (imaginé), avant d'ajouter: "le 6 mai, ne nous oubliez pas!"
Pas moi, en tout cas...Et surtout ne renonçons pas à l'espoir. La France, l'Europe, les organisations syndicales ont déjà connu des situations de blocage. Nous les avons toujours surmontées, à un
moment ou à un autre de notre histoire récente. Quant à la société ultra-libérale, dont les représentants continuent de prospérer outrageusement, elle devrait réviser sa politique de constante
provocation: l'exaspération née de l'injustice institutionnalisée peut conduire à des formes de luttes spontanées pouvant avoir des conséquences imprévisibles.
Antoine Blanca
Par Antoine Blanca
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Dimanche 19 février 2012
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17:33
Dans le discours d'un candidat à la Présidence de la République, il y a forcément, des variations de langage, des tonalités plus ou moins accentuées au fil des jours, sous la contrainte de tel ou
tel événement. Des ajustements et des éclaircissements viennent à s'imposer. L'électeur est l'interlocuteur unique, et il doit recevoir l'information la plus complète, la plus honnête. François
Hollande le sait, et il a déjà procédé à ces exercices qui, parfois, nous troublent. Il en a été ainsi pour les atténuations apportées (interview accordé au Guardian) au discours du
Bourget, sur le monde de la finance, ciblé comme adversaire principal du futur Président. A la lecture du texte londonien on pouvait même croire que les 110 propositions de François Mitterrand en
1981 y étaient implicitement condamnées, au bénéfice de la libéralisation postérieure à laquelle ont procédé nos gouvernements, singulièrement ceux de Fabius et de Rocard.
Or nous continuons de vouloir croire qu'il ne s'agissait-là que de reculs stratégiques dans un monde hostile, non d'une nouvelle orientation politique. Nous sommes-nous trompés? Le projet
adopté par le PS nous avait pourtant confortés dans notre certitude d'appartenir à un parti fondamentalement hostile à l'hyper-libéralisme économique. Pour continuer d'avancer, pour prendre en
compte les réalités européennes et mondiales, nous acceptions certes des compromis, des concessions. Mais nous demeurions, sur le fond, fidèles à notre Déclaration de Principes.
Le discours du Bourget, accueilli avec enthousiasme par militants et sympathisants allait dans le bon sens. Si des précisions devaient forcément être apportées, des craintes infondées, dissipées,
il ne s'agissait pas de changer la base du discours. J'ai entendu Najat Belkacem, proche collaboratrice du candidat, présenter le PS (devenu soudain "social-démocrate", ce qui est une
aberration lingüistique), comme champion des dénationalisations, de la libéralisation de l'économie. Comme si nous avions à donner des gages aux gnomes de la City de Londres, de Wall Street et
aux spéculateurs du CAC 40. Je ne doute pas que les circonstances nous obligeront à composer avec ces intérêts là, mais nous n'avons pas, à ce stade de notre candidature, à leur donner des gages
de bonne conduite.
Ne jamais oublier que notre richesse réside dans l'aspiration à une union de la gauche offensive et désireuse de transformer le monde. Ne commençons pas par nous excuser d'être ce que nous
sommes.
Antoine Blanca
Par Antoine Blanca
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