Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 mai 2014 6 10 /05 /mai /2014 10:55

Dans nombre de pays d'Amérique latine l'alternance au pouvoir entre deux grandes forces politiques était la règle. Du moins quand on pouvait exercer librement son droit de vote...C'était le cas en Colombie entre libéraux et conservateurs, au Venezuela entre Action Démocratique ( gauche modérée, adecos), et COPEI (démocrates chrétiens 'copeyanos'), en Uruguay, entre 'blancos'(plutôt cathos et conservateurs) et 'colorados' (plutôt laïcs et d'origine italienne, au Chili: union des gauches et droite autoritaire. Au Pérou, entre deux coups militaires (réactionnaires ou gauchistes), l'Alliance populaire de Fernando Belaunde concurrençait le très structuré(je parle bien au passé) parti apriste* fondé par Victor Raùl Haya de la Torre. En Amérique Centrale les libéraux étaient le plus souvent réduits au silence par la force des armes.

C'était aussi le cas au Costa Rica jusqu'en 1948 quand un Catalan **, à l'allure de paisible pater familias, prit les armes, gagna une guerre civile courte (2 Mois), mais sanglante. Et, cas unique pour un vainqueur armé, il fit voter une constitution qui, pour l'essentiel, abolissait les forces armées et établissait la scolarité obligatoire. Depuis, au Costa Rica, on change de président(vote obligatoire) tous les 4 ans. Même s'il n'est plus interdit au Chef de l'Etat sortant de se représenter (à condition de laisser passer 2 mandats). Eh bien! dans cette aimable république centre-américaine, le système bi-partisan a aussi pris fin. Ni le PLN (héritiers rabougris de la révolution de 48), ni le PUSC de la droite catholique, n'exerceront le pouvoir. Du moins jusqu'en 2018. Je n'en suis pas encore revenu...Le nouveau président, Luis Guillermo Solis, a été élu (au 2e tour) sous les couleurs du PAC ou 'parti d'action civique', un pot-pourri de militants associatifs, de déçus des 2 partis traditionnels (Solis lui-même a travaillé avec un président PLN, le Prix Nobel de la Paix Oscar Arias). En un mot, les citoyens costariciens voulaient le changement. Suivant la mode d'un pays dominé par le réflexe de prudence, ils ont choisi un universitaire, essayiste politique, venu des milieux populaires, quinquagénaire rangé, bon père et bon époux. On change le système, mais pas le profil du leader.

La question plus globale qui est posée demeure: cette prolifération de forces politiques est-elle positive pour le fonctionnement de la démocratie? Difficile d'y répondre dans l'absolu. Il est plus aisé, en revanche, d'affirmer que les partis traditionnels ont globalement échoué. En Colombie, l'ex, Uribe, et l'actuel, Santos, sont des transfuges du grand parti Libéral, aujourd'hui disloqué. Au Venezuela, une coalition de 17 partis, hier encore féroces antagonistes, combattent le socialisme chaviste. Au Pérou, un Japonais inconnu a exercé le pouvoir pendant 10 ans (avant la catastrophe finale), et l'actuel Chef de l'Etat, Humala, est un homme indéfinissable, sans parti et sans appuis parlementaires. A mon sens la fin de l'alternance entre, grosso-modo, libéraux et conservateurs, a compliqué et fragilisé le jeu démocratique naturel. Et cela contribue à brouiller la politique aux yeux des citoyens. Mais nous ne pouvons rien y changer...

Antoine Blanca

* Partisans de l'APRA (Alliance pour la révolution américaine), parti qui se voulait une sorte d'internationale à l'échelle latino. Au Pérou le parti s'appelait officiellement le PAP (Parti apriste péruvien). Ce projet ambitieux échoua complétement.
** José (Pepe, prononcer Pépé) Figueres. Il exerça, en accord avec la constitution qu'il avait fait adopter, un seul mandat présidentiel et demeure un héros de l'anti-militarisme et de la liberté d'expression. Au Costa Rica l'analphabétisme est pratiquement inexistant.
N.B. : Les cas des 2 plus grands pays latinos (le Mexique, hispanophone, et la Brésil lusophone) sont trop spécifique pour être inclus dans un article à vocation généraliste...

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
  • Contact

Recherche

Liens