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19 décembre 2014 5 19 /12 /décembre /2014 12:15

Quel symbole! Le Président de la super-puissance annonçant, simultanément avec son homologue cubain, la reprise des relations diplomatiques et la réouverture des Ambassades. Aucun pays latino-américain n'était parvenu à imposer une telle reconnaissance paritaire. On doit à la vérité de dire qu'il s'agit là d'une victoire de la Révolution. Même si l'heure n'est pas à proclamer ce type de triomphalisme. Je retiendrai donc un peu ma prose pour rappeler simplement certains faits.

1) Fidel n'avait ni cherché, ni souhaité la rupture avec son grand voisin. Dès le premier gouvernement révolutionnaire installé à La Havane, il s'était rendu à Washington et New-York. Pour nouer des liens d'un type nouveau correspondant à la nouvelle situation. Le moins que l'on puisse écrire est qu'il fut mal accueilli, snobé, ignoré. La Maison Blanche et le Département d'Etat étaient persuadés que le jeune guérillero ferait comme tous les autres, qu'il se coucherait. Mieux, Eisenhower et Nixon ne croyaient pas que le nouveau pouvoir durerait plus de quelques mois. Cela obligea Fidel à accélérer, à approfondir les mesures révolutionnaires, à se proclamer socialiste. A conclure une alliance avec l'autre super-puissance, l'URSS.

2) Fidel ne changea pas de logique. Il ne s'aligna pas inconditionnellement: il devint un allié modèle qui, en paraissant devancer les désirs de Moscou, gardait l'initiative. Exemple, l'Afrique. L'URSS avait échoué dans ce continent. Cuba décida d'intervenir seule pour sauver l'Angola et le Mozambique qui étaient sur le point de devenir des dépendances de Prétoria et de l'apartheid. Ce fut la plus importante opération militaire jamais conduite par un pays latino au-delà des océans.

3) Le 1er congrès du PC cubain ne fut célébré qu'en 1975, dix ans après sa création. L'apparence était une copie conforme d'un congrès du PCUS. Fidel avait troqué son battle-dress pour un uniforme de commandant en chef à la soviétique...les décorations en moins (à l'exception de la médaille de Héros de l'Union soviétique). Mais en revanche aucun membre du parti communiste traditionnel, le PSP, ne fit partie du Bureau politique dont les sept membres étaient des compagnons du M26, les fidélistes les plus sûrs.

4) Le contrat signé avec Moscou faisait bénéficier La Havane de tous les avantages du pays le plus favorisé. Avant que l'effondrement du camp communiste en Europe ne conduise Cuba à une révision déchirante de sa politique commerciale. La période spéciale aura été l'épreuve la plus rude vécue par le socialisme cubain, qui avait perdu son grand allié et partenaire. Au lieu de s'effondrer, de pleurer sur son sort, Cuba trouva un réseau solide de nouveaux amis en Amérique latine. Aujourd'hui une forte majorité de gouvernements de la région demande à ce que Cuba participe au prochain sommet des Amériques. On revient de loin: en 1961 tout le monde, Mexique excepté, avait rompu les relations diplomatiques avec la grand île.

Cuba a gardé, contre vents et marées, en butte avec une presse internationale intoxiquée qui caricature grossièrement le régime. Et tente de masquer ses énormes succès en matière de culture, d'éducation, de santé, de sport, de recherche scientifique. Et d'indépendance politique.

Antoine Blanca

Un nouveau chapitre s'est ouvert dans la relation complexe entre deux pays voisins.

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  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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