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30 mars 2015 1 30 /03 /mars /2015 08:57

En matière d'élections j'ai acquis une expertise certaine. A peine sorti de l'enfance, dans mon bled du sud algérois, j'ai suivi, aux côtés de mon père, les commentateurs parisiens donnant les résultats des législatives, avec la note explicative qui convenait. Cette dernière était d'autant plus nécessaire pour nous que, ni papa, ni moi, n'avions encore jamais mis les pieds en "métropole". Normandie, Auvergne, Aquitaine, Languedoc, Bourgogne, Alsace-Lorraine...étaient des images aussi animées que peut l'être une carte postale. La France était notre pays, désormais, mais mes parents n'auraient, selon la loi alors en vigueur, le droit de vote que cinq après leur naturalisation. En Algérie les résultats n'étaient crédibles que dans le "premier collège", celui des "européens" et assimilés. Les "indigènes" du 2e collège savaient que le résultat de leur suffrage serait manipulé, parfois très grossièrement, de manière humiliante. L'euphorie de la Libération passée, la guerre froide s'étant imposée, l'analyse des résultats était compliquée. "Les communistes=25% des voix= ne sont ni à droite, ni à gauche. Ils sont à l'Est" avait déclaré le socialiste Edouard Depreux, formule qui fit florès. Elle reflétait bien l'ambiance, dans notre camp, de cette époque. La presse parlait de "la gauche non-communiste". Et le chantre gaulliste Malraux, du RPR, proclamait: entre le PC et nous, il n'y a rien...Au total, la droite finissait toujours par rafler la mise. On n'appelait les progressistes à Matignon que pour débloquer des situations impossibles à démêler. C'est un gouvernement Mendès-France qui fit la paix en Indochine en 54 et fit adopter "l'autonomie interne" en Tunisie. Mais, deux ans après, Guy Mollet se cassa les dents en Algérie. On ne devait retenir que ça, hélas, de ses 16 mois de gouvernement, oubliant ses réformes sociales significatives.

En deux mots comme en dix: mes nuits électorales furent le plus souvent tristes. Ces nuits de défaites n'avaient pas toutes le même goût: elles étaient souvent atténuées, parfois même ressenties (Mitterrand en 74) comme des victoires relatives, annonciatrices de victoires à venir. La défaite d'hier, aux départementales n'est pas "sans appel" comme l'a proclamé Sarko avec son aplomb habituel. La gauche va gérer 33 départements. Le PS en a perdu 26. A deux exceptions près, il s'agit d'anciens fiefs traditionnels de droite que nous avions conquis plus ou moins récemment, entre 90 et 2011. Hier matin, nous présidions presque les 2/3 des départements. Aujourd'hui la situation s'est inversée. Raison de plus pour retrousser nos manches. La reconquête passe par le succès de l'exécutif à direction socialiste, pas par sa remise en cause. Le choeur des pleureuses n'a pas sa place dans ce panorama. Le congrès de Poitiers se profile: il appartient aux militants d'en faire un point de départ de succès à venir. A condition qu'il ouvre la voie à un dialogue constructif, et ne serve pas de prétexte à transformer le débat en discorde.

Antoine Blanca

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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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