Vendredi 13 avril 2012
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Les medias tentent de maintenir un minimum de suspens. Mais l'affaire de la présidentielle est bel et bien bouclée. Du moins dans son aspect principal: le sortant sera battu, sans doute
largement. Donc Hollande s'installera à l'Elysée à la mi-mai.
Dans son agitation incessante, dans laquelle les derniers fans de l'ancien maire de Neuilly veulent voir une grande capacité de travail, Sarkozy et son équipe de campagne de l'UMP auront tout
essayé pour discréditer, voire abaisser la personnalité du candidat socialiste: candidat par défaut (occasion aussi de réintroduire dans le débat la figure, désormais sulfureuse, de DSK), homme
faible et même "nul", porteur d'un projet à géométrie variable etc...Polémique de qualité médiocre, mais qui restait encore dans les limites d'une certaine conception du combat électoral. Mais
aujourd'hui le sortant est descendu encore de plusieurs marches, en appelant les "marchés" et la finance internationale à viser la France, pour la blesser, dès la proclamation de la victoire de
la gauche. Tel est le sens de l'éthique patriotique habitant la Sarkozie. Ou elle, ou le chaos. Sauf qu'elle vient de nous faire vivre cinq années de chaos.
De manière bien inattendue la réponse, à la fois la plus claire et la plus cinglante à ce tir dans le dos de son propre pays, est venue du grand quotidien londonien "Financial Times". Tiré chaque
jour à plusieurs millions d'exemplaires, véritable bible quotidienne des places boursières et des milieux patronaux de la planète, le FT a implicitement appelé à voter Hollande. "On ne sortira de
la crise qu'avec un retour à la croissance. Le candidat de la gauche française a raison de ne pas s'en tenir aux mesures de rigueur accrue et d'austérité pesante. M. Hollande indique le bon
chemin", affirme en substance ce journal qui n'est pas connu pour son progressisme.
Le PS va, une fois n'est pas coutume, enregistrer avec satisfaction cet appui très médité venu d'ailleurs.
Dans un tout autre domaine ce même PS commence à observer avec gourmandise ce qui se prépare à l'UMP, où la défaite du chef va avoir un écho dévastateur. Certes le désastre n'apparaîtra dans
toute son amplitude qu'au lendemain des législatives. Mais la guerre s'y prépare déjà. D'autant que le style sarkozien d'exercice multiple, capricieux, du pouvoir, va ouvrir le chemin à nombre
d'ambitions incompatibles.
Antoine Blanca
Antoine Blanca
Par Antoine Blanca
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Mercredi 11 avril 2012
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23:15
Mon souvenir de l'été 1962 en Algérie est très précis et je ressens encore l'angoisse qui marqua ces quelques mois d'incertitude, de morts et d'espoir pour les Algériens, comme pour les Européens
contraints par la fatalité, et par l'OAS, à un exil sans retour.
Le pays était sens dessus-dessous. Des willayas de l'ALN se faisaient une guerre sournoise qui allait parfois se transformer en guerre ouverte après la proclamation de l'indépendance. Le GPRA
avait vite sombré avec son Président et ses ministres. L'ordre ne pouvait être rétabli, à l'évidence, que par une force disciplinée venue des frontières. On l'appelait willaya VI. Boumediène
avait prévu cette situation, lui qui avait créé une véritable armée moderne capable de tout contrôler. En août elle entra et remit de l'ordre partout. Il lui manquait seulement un "civil"
au passé patriotique reconnu, ayant le soutien du monde arabe. Et surtout de Nasser. L'appelé fut Ahmed Ben Bella.
Certes, il n'était pas sur le terrain de l'action le 1er novembre 54, pas plus qu'au Congrès de la Soumam. Mais il avait milité dans l'OS (organisation secrète du PPA), pris part à un hold up
révolutionnaire, connu la prison et réussi une évasion légendaire. Quand éclata l'insurrection armée, il se trouvait au Caire et mobilisait des fonds et des armes pour les maquis. En septembre 56
il faisait partie des prisonniers arrêtés par les services français qui avaient détourné un avion dans lequel voyageait l'élite du FLN. Outre Ben Bella, Khider, Boudiaf, Krim Belkacem, Aït Ahmed,
Lachraf. De nouveau la prison. Jusqu'à la signature des accords d'Evian. Ce groupe d'élite ne tarda pas à éclater. Boumédiène choisit Ben Bella, ne pouvant accepter un Kabyle comme Aït Ahmed ou
Krim (l'un et l'autre trop engagés dans le willayisme), et les autres manquant de prestige auprès des masses.
Boumédiène manipula Ben Bella à sa guise pendant près de trois ans. Trois années de gloire pour un président qui se voyait tantôt en Fidel, tantôt en Haroun al Rachid. Il reçut son dernier
mentor, Nasser, pour un séjour interminable. Mais aussi Hassan II. En juin 65 l'ombrageux colonel, tout puissant ministre de la Défense, sortit de son apparente morosité, prit tout le pouvoir.
Ben Bella retourna de nouveau en prison, à la fois dorée et secrète, tel un nouveau masque de fer. Même libéré, il n'en est jamais sorti. Quarante sept ans après le monde se souvient qu'il avait
officiellement présidé son pays. Sous l'oeil vigilant de l'ANP. Laquelle n'a jamais cessé de régner, elle...
Antoine Blanca
Par Antoine Blanca
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Mardi 10 avril 2012
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12:03
La quasi totalité des musulmans interpellés sous les projecteurs, par des escouades des forces spéciales, ont été libérés dans la discrétion du week-end pascal. Nous sommes fondés à penser qu'il
s'était agi d'un simple coup médiatique électoral. Dans le même mouvement quelques imams auront été expulsés du territoire. A y regarder de plus près, il s'agissait de gens sans importance et
sans réelle influence auprès des fidèles. Leurs prêches médiocres irritaient plus qu'elles n'excitaient. C'est que chez les musulmans sunnites (95% de ceux qui vivent chez nous), la fonction
d'imam n'est pas grande chose. Ce personnage est seulement chargé de conduire la prière collective afin que les mouvements des assistants restent uniformes. Et éventuellement de
commenter une sourate du Coran. Mais il arrive que l'on fasse appel, pour la grande prière du vendredi, à un lettré plus instruit des textes sacrés. L'Islam sunnite n'a pas de clergé, ce qui le
distingue du chiite.
Mais la manipulation vaine et cynique du danger terroriste potentiel ne signifie pas que le danger n'existe pas. Certes, ni l'assassin de Toulouse et de Montauban, ni les insignifiants
personnages raflés la semaine dernière, ne faisaient partie d'une cellule terroriste reliée à l'un des groupes qui s'inspirent, de près ou de loin, de la mouvance Al Qaïda. Mais il demeure que
ces cellules existent bel et bien, et peuvent être réactivées à tout moment en Europe. Ce qui se passe dans le nord du Mali doit être pris en considération: l'AQMI* touche déjà l'Algérie (dont
neuf diplomates viennent d'être enlevés par ce groupe criminel), et ce qui touche l'Algérie ne peut que nous mettre en éveil. De dangereux vétérans djihadistes libyens, égyptiens et tunisiens
(par exemple) ont quitté l'Afghanistan et les zones tribales du Pakistan pour retourner dans leur pays d'origine**. Pour la Libye il s'agit du redoutable GICL (groupe islamique combattant libyen)
et de son chef Abou Leith al Libi, très proche du successeur de Ben Laden, le docteur Zawahiri. Abou Leith serait de nouveau chez lui, sous la protection de sa tribu. Ce n'est certainement
pas pour reprendre l'élevage familial de chèvres.
Bref, s'il ne faut pas crier inutilement au loup, il ne faut pas moins éviter de prendre cette menace potentielle à la légère. Comme paraissent le faire MM.Sarkozy et Guéant.
Antoine Blanca
* AQMI, Al Qaïda pour le Maghreb islamique, qui a des campements mobiles au Mali et au Niger; parfois en Mauritanie. Les terroristes font des incursions criminelles en Algérie et dans les autres
pays frontaliers.
** Dans ces pays les forces de sécurité sont en cours de reconstitution et les djihadistes qui reviennent profitent du vide actuel en matière de police spéciale.
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Par Antoine Blanca
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Dimanche 8 avril 2012
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12:21
Tout en courtisant assidûment la clientèle électorale du Front National, le président sortant a entrepris un sérieux travail d'approche du très affaibli François Bayrou. Raffarin et autres
anciens centristes de renom se sont mis à l'oeuvre, de moins en moins discrétement. Il y a quelques jours au "grand journal" de Canal+ l'ancien Premier ministre de Chirac s'est fait même très
lourd dans ses appels du pied au Béarnais. Que ce dernier appelle à voter Sarkozy au tour décisif serait, selon les stratèges élyséens, la dernière chance de victoire finale.
Leur raisonnement est le suivant: Bayrou, en dépit de ses foucades critiques, est un homme classique de centre-droit. Il a été un ministre de Balladur ce qui fait de lui un ancien compagnon de
clan de Sarkozy. Revenir vers ce dernier aurait donc un aspect de retrouvailles. Et après tout c'est un pieux catho à la mode provinciale, assidu, avec sa femme, de la très conservatrice
"communauté des Béatitudes". Le candidat sortant est passé maître dans la récupération des centristes: en fait il les a tous piqués après 2007. Il ne se fait aucune illusion sur les hommes de ce
(juste) milieu. Rares sont ceux qui résistent à l'attrait d'un portefeuille ministériel. A Bayrou on serait disposé à lui proposer quelque chose de gros, même si Matignon a déjà été suggéré, une
fois encore à Borloo...
L'obstacle pourtant est double: le Béarnais perdrait toute l' autonomie politique chèrement gagnée, tout en sachant qu'avec Sarkozy comme patron suprême un ministre, voire un premier ministre,
n'est rien. Et puis il y a les électeurs. On ne les manipule pas si facilement que cela. Tout indique d'ailleurs que ceux qui s'apprêtent à voter Bayrou, sont 30 à 40% à se dire prêts à voter
Hollande au second tour.
Le génie politicard qui a bien réussi pendant cinq ans à l'ancien maire de Neuilly a donc toutes les chances de faire pschiitt cette fois.
Antoine Blanca
Par Antoine Blanca
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Samedi 7 avril 2012
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Tout au long de cette interminable campagne présidentielle la politique étrangère a été presque totalement absente du débat. Les sondages, censés prendre régulièrement le pouls de l'opinion,
commandent aux états-majors des candidats. Logiquement notre diplomatie et notre "sécurité extérieure" auraient dû rester en alerte permanente depuis le drame sanglant et, économiquement coûteux,
de Côte d'Ivoire. Tel n'a pas été le cas: nous avons été piteusement surpris par le grotesque coup d'Etat militaire à Bamako et, davantage encore, par l'offensive éclair des Touareg du MNLA qui
leur a permis de proclamer la partition du Mali en instaurant le république AZAWAD. C'est d'autant plus inquiétant, comme on le sait, que c'est précisément dans cette vaste région semi-désertique
que Al qaïda au Maghreb islamique(AQMI), a établi des bases à partir desquelles elle commet des enlèvements, rançonne Etats et compagnies minières étrangères, et assure la logistique de groupes
armés autonomes qui sévissent toujours, épisodiquement mais de manière sanglante, dans l'Algérie frontalière.
Tout ce monde est sur-armé après avoir fait son marché dans l'arsenal à ciel ouvert de la Libye post-khadafiste où la pagaille est indescriptible.
Une telle situation est intolérable pour notre pays et lourdement inquiétante pour les gouvernements amis de la région: le Niger (où nous avons, outre la communauté de langue, des intérêts
stratégiques majeurs), la Mauritanie, le Sénégal et, surtout, l'Algérie qui voudrait bien pouvoir neutraliser définitivement les groupes armés d'AQMI qui menacent gravement sa paix intérieure
durement acquise.
De toute manière la communauté internationale (ONU, OUA) ne peut pas tolérer une nouvelle Somalie, c'est à dire la disparition d'un nouvel Etat souverain. Il y aurait risque d'épidémie, de
déstabilisation régionale majeure.
En politique étrangère nous devons avoir des priorités absolues. L'Afrique du Nord et l'Afrique sub-saharienne de l'ouest en font partie. Au lieu de servir de supplétifs aux Etats-Unis en
Afghanistan et ailleurs, concentrons nous sur nos intérêts nationaux, formons les mentalités de nos diplomates et de nos forces de sécurité à la nouvelle donne politique qui est très éloignée de
ce que fut la "françafrique". Fondons notre stratégie sur le dialogue pour la sauvegarde des intérêts mutuels, et sur une conception nouvelle de la solidarité.
Antoine Blanca
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