Mercredi 23 mai 2012
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Visite du leader de Syriza à Paris, qui vient de rencontrer Mélenchon. Echange de compliments, promesse de soutien. Alexis Tsipras va jusqu'à affirmer qu'il souhaite que son pays reste dans la
zone EURO. On pourrait s'en réjouir si le jeune dirigeant précisait les contours de sa politique et les réformes qu'il serait disposé à contribuer à conduire. Mais arrivé à ce point, c'est la
panne sèche. Disons les choses clairement : la coalition de 13 partis ou groupes qu'il dirige se contente de réclamer la suppression des mesures d'austérité. Ce que les partenaires de la Grèce ne
peuvent accepter sans sérieuses garanties de changements structurels. Soyons francs: la "plus vieille démocratie du monde" n'est jamais entrée dans la modernité. Il n'existe, à Athènes, pas de
cadastre, pas de plans d'occupation des sols, pas de véritable administration fiscale. Sur les mers, ce sont les pavillons de complaisance, sur les quais, c'est la complète exonération impositive
des propriétaires de yatchs. La richissime église orthodoxe ne contribue en rien au budget du pays (en revanche ses patriarches président à la prestation de serment des gouvernants) et l'Armée
coûte une fortune au prétexte de la partition de Chypre et de la menace ancestrale turque.
Bien entendu la coalition Syriza a le droit de dire qu'elle n'est en rien responsable de la gabégie gouvenementale. Le PASOK et la droite, les Papandréou et les Caramanlis ont exercé
alternativement le pouvoir depuis l'admission du pays au sein de la Communauté en 1981. Mais tout le monde a accepté la mauvaise gouvernance, exigé davantage de Bruxelles sans jamais rien offrir
en échange. Bruxelles a, de son côté, très longtemps fermé les yeux sur les caprices, voire le chantage d'Athènes. Aujourd'hui les circonstances ont contraint tout le monde à réagir. On l'a fait
trop tard, avec trop peu de moyens. Il faudra bien pourtant que tout le monde s'y mette enfin, si l'on veut garder la Grèce dans l'Union et sauver sa place dans l'euro. TOUT LE MONDE, cela
signifie y compris la coalition Syriza. En lui accordant un bon paquet de suffrages, le peuple l'a aussi investie de grandes responsabilités. Mais ses solutions se font attendre. Et je pense même
qu'elles n'existent pas...
Antoine Blanca
Par Antoine Blanca
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Mardi 22 mai 2012
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Les accords PS/EELV, conclus très en amont de l'élection présidentielle, ont abouti à donner une place disproportionné à des écologistes sans véritable assise électorale propre. EELV rêve à haute
voix d'un groupe à l'Assemblée! Le désastreux résultat obtenu par Eva Joly n'a pas contribué à rassurer les troupes socialistes, appelées à abandonner des circonscriptions (qu'elles avaient
conquises à force de sacrifices et de dévouement), au profit de candidats Verts dont ils ont toujours jugé le comportement déroutant.
En fait les dirigeants PS étaient, lors de cette négociation, encore sous le coup du traumatisme causé par les élections européennes. Les écolos avaient alors fait presque jeu égal avec les
socialos. Et les avaient même dépassés à Paris. Bien entendu les explications à cet échec (c'était en 2009) sont nombreuses et, toutes, convaincantes. Fukushima en toile de fond des discussions,
taux d'abstention traditionnellement élevé, scrutin proportionnel, malaise encore sensible résultant du sinistre congrès de Reims... On se souvient que, dans d'autres circonstances, la liste
conduite par Michel Rocard n'avait réuni, en 1994, que 14% des suffrages alors que celle de Tapie (secrètement encouragée par le Président Mitterrand) obtenait un 12% plus que flatteur. Tout a
toujours été atypique dans ce genre de consultation...Dans une Europe des nations, le parlement de Strasbourg n'a pas encore trouvé sa vraie place. L'écologie politique a su exploiter un avantage
tout passager.
Une "bonne alliance" avec EELV valait donc mieux qu'une guéguerre d'usure, avec des concurrents difficiles, dont on n'a jamais vraiment compris la logique de la démarche. Jugée plutôt brumeuse,
mêlant exaltation romantique et arrivisme effréné. Il s'est, estime-t-on, agi en l'occurrence, de la neutralisation d'un danger potentiel. Coûteuse mais nécessaire, ont décidé les dirigeants, rue
Solférino. Un certain électorat de gauche, même s'il ne vote pour eux que dans certaines circonstances, sympathise in fine avec ce petit monde verdâtre aux contours politiques mal
définis. Dans les conseils municipaux des villes grandes et moyennes que le PS contrôle, EELV fait partie de la majorité, force d'appoint un peu rebelle et toujours encombrante.
Mais ces mariages politiques locaux n'ont rien de mariages d'amour. Nécessité fait loi, se dit-on. Ou plutôt, se résigne-t-on.
Désamour quand tu nous tiens!?
Antoine Blanca
Par Antoine Blanca
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Lundi 21 mai 2012
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10:56
En France nous sommes avant tout préoccupés de nous sortir du guêpier afghan. Nous y sommes allés par esprit de solidarité avec nos alliés. Mais aussi du fait de la juste répulsion
ressentie vis-à-vis de la criminelle bêtise des Talibans, révoltés enfin par l'assassinat de notre ami le Commandant Massoud. Aujourd'hui la donne est différente. L'OTAN a programmé le départ de
ses troupes, et François Hollande a décidé le retour anticipé, en bon ordre, des nôtres, fin 2012. Globalement c'est un aveu d'échec de l'Alliance atlantique, plus ou moins bien maquillé par
l'installation d'un gouvernement Karzaï légitimé officiellement par les urnes, et par la formation d'une armée que renforcent des unités de police modernes. La fiabilité de l'un et des autres
reste cependant à démontrer. Une certitude prévaut dans tous les cas: une démocratie équilibrée et (plus ou moins) laïque ne pourra pas être imposée par la seule présence massive de militaires
étrangers.
Il ne s'agira pas, pour autant, de nous désengager stratégiquement. Mais bien de reconnaître, une fois pour toutes, que les affaires des pays musulmans ne seront pas résolues par nos démocraties.
Les soviétiques nous avaient entraînés, en pleine guerre froide, dans un engrenage diabolique, qui a eu pour effet non désiré la naissance d'une internationale djihadiste. Celle-ci est devenue
incontrôlable. Les Américains disposent d'une haute technologie militaire, très coûteuse, de drones qui peuvent atteindre leur cible...mais aussi de soldats primaires qui urinent sur des cadavres
de combattants afghans ou organisent des bûchers alimentés par des corans.
Gestes déplorables qui ont pour effet la neutralisation de tous les succès précédemment obtenus. La place de cette soldatesque n'est pas sur des terrains politiquement délicats. La présence de
bases US au Pakistan peut même se trouver compromise. Que les républicains gagnent les élections et le pire peut se produire: n'oublions pas qu'Islamabad dispose de l'arme atomique. La
diplomatie occidentale dans la région doit être maniée avec délicatesse et compétence. Cette préocccupation correspond bien à la vocation de la France. A condition de rapatrier nos hommes et nos
armes.
Antoine Blanca
Par Antoine Blanca
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Samedi 19 mai 2012
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La première rencontre entre les présidents Obama et Hollande ne pouvait que bien se passer. Certes, le premier est en campagne quand son visiteur l'a laissée victorieusement derrière lui. Mais
l'un et l'autre incarnent ce que j'appelerais le même possibilisme (un vilain mot pour les socialistes, mais...), le juste dosage politique susceptible de permettre à un homme de gauche
contemporain d'être élu dans une démocratie occidentale. Même s'ils évoluent dans des univers très différents (historiques, sociaux et humains), les similitudes, les compatibilités l'emportent,
quel que soit le point de vue de l'observateur.
Obama a accueilli avec satisfaction l'élection de François Hollande. Le prédécesseur de ce dernier a toujours été ménagé pour une raison évidente: Sarkozy était toujours, par avance, d'accord
avec toute initiative de Washington. En témoigne sa décision, contestable entre toutes à mes yeux: celle de retourner dans le giron militaire de l'OTAN, mettant ainsi, d'une certaine manière nos
armées sous les ordres des Etats-Unis en cas d'opérations conjointes. Le Commandant en Chef de la première force militaire de monde ne pouvait qu'apprécier un tel esprit d'allégeance. Il sera
désormais difficile de se libérer de ce carcan. Je suis toutefois persuadé de ce que le président américain préfère une alliance faite de sincérité, de réflexion et de franchise à
l'inconditionnalité futile. Le changement intervenu en France devrait lui convenir. Et nous espérons qu'il sera bientôt investi d'un nouveau mandat de quatre ans, pendant lesquels une
relation de confiance s'affirmera et contribuera au renforcement des démocraties occidentales.
On n'ignore pas que la déception de certains est à la mesure des espoirs disproportionnés qu'ils avaient placés dans la victoire de l'ancien sénateur de l'Illinois. On espérait, à gauche, de
véritables prouesses: sur la scène internationale (au Moyen-Orient, une véritable ouverture en direction de Cuba...), comme dans les domaines sociaux et culturels. Cette déception doit être
relativisée: la marge de manoeuvre dont le Chef de l'Etat US disposait au Congrès s'est trouvée rapidement réduite. La prudence dans sa démarche, qui lui est généralement reprochée, s'explique
par la constante préoccupation de ne pas compromettre définitivement l'avenir.
A sa manière et à la place qui est désormais la sienne, François Hollande a lui aussi pleine conscience de tout ce qui limite ses ardeurs réformistes. Aussi ne s'est-il engagé devant les Français
et les Européens que pour ce qu'il peut tenir pendant la durée d'un mandat de cinq ans.
Sans être dans le secret des conversations de la Maison Blanche, j'ai le sentiment que les deux hommes se sont compris et appréciés.
Nous savons bien, au fond de nous-mêmes, que l'un et l'autre représentent la solution la plus progressiste d'exercice du pouvoir, celle compatible avec les dures réalités, dans un
environnement global hostile.
Antoine Blanca
Par Antoine Blanca
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Vendredi 18 mai 2012
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10:05
Anciens colonisés et colonisateurs de temps anciens parlent la même langue, partagent une partie de leur histoire moderne, ont longtemps vécu sous le même drapeau et se sont opposés par les
armes. Guerre civile pour les uns, guerres de libération pour les autres...Arrêtons-là le raccourci qui facilite la tâche du rédacteur, mais ne correspond qu'imparfaitement à la vérité
historique. Les possessions espagnoles d'Amérique se sont éméncipées depuis près de deux siècles, le Brésil n'a quitté la famille royale portugaise des Bragance qu'en 1882. Mais le Portugal avait
aussi bâti un immense empire en Afrique. Tous les pays qui en étaient partie sont devenus indépendants en 1975, la Révolution des oeillets dans la métropole(25 avril 1974) ayant accéléré le
processus de libération qu'ils étaient en train de conquérir par les armes.
Péninsule ibérique, Afrique et Amériques ont une communauté de destins. Pendant longtemps elle a été surtout culturelle. Depuis que l'Espagne et le Portugal ont été durement frappés par la crise,
elle est devenue économique et sociale. Au temps de la splendeur de la nouvelle Europe en plein développement, les latinos et les africains lusophones débarquaient en masse à Madrid, Barcelone,
Lisbonne et Porto. Aujourd'hui les flux se sont inversés. C'est Saõ Paulo qui devient le nouveau centre ibérique du monde, l'Eldorado espéré. Mais c'est le Brésil tout entier, organisateur de la
Coupe du monde de foot en 2014 (12 cités concernées), et des Jeux Olympiques (Rio) en 2016 qui fascine cadres et artisans par toutes les opportunités que l'immense pays offre aux nouveaux
aventuriers du travail et de la création.
Les riches angolais, eux, se sont lancés à la conquête de l'ancienne "mère-patrie". L'Angola est riche en pétrole, en gaz, en minéraux rares, en pierres précieuses. Si son peuple ne récolte que
des miettes de cette manne de la nature, les dirigeants (à commencer par le Président Dos Santos et ses enfants gloutons) se régalent au Portugal, achetant banques et entreprises, se gavant de
tout ce qui est à vendre. Les nouveaux chefs de ce qui fut un "mouvement de libération" socialiste ne pensent qu'à s'enrichir et à piller. Et le Portugal à la peine est heureux de les accueillir
en déroulant le tapis rouge sous leurs pieds.
Voilà une conséquence de la crise de l'euro que l'on connaît mal en France, mais qui mériterait attention de la part du nouveau gouvernement.
Antoine Blanca
Par Antoine Blanca
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