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11 mai 2009 1 11 /05 /mai /2009 14:53
En 1979 Lula avait visité Paris pour la première fois. Je l'avais rencontré et il avait  accepté de venir au siège du PS, rue Solférino. C'était alors, avant tout, un leader syndicaliste. Il n'était d'ailleurs pas venu seul; une délégation de responsables syndicaux "paulistas", du quartier Saõ Bernardo de Saint Paul, l'accompagnaient. Ils avaient longuement conversé avec le Secrétaire aux Relations internationales, Lionel Jospin. Cette entrevue n'était pas improvisée: elle était le résultat d'un long travail de contacts préliminaires, d'une recherche de partenariat avec les forces de gauche les plus représentatives du plus grand pays du sud continent.
Le Brésil était alors, depuis quinze ans, contrôlé par les forces armées. Dictature atténuée, mais dictature mise en place, le 31 mars 1964, avec la bénédiction active de la Maison Blanche et de son Département d'Etat, en amont (et en exemple) de toutes celles qui allaient suivre, en Uruguay, au Chili et en Argentine (le Paraguay était "tombé" dans les années 50), et que l'on justifiera comme indispensables à la Sécurité occidentale. Nixon avait déjà dit: "là où ira le Brésil, ira l'Amérique latine".
C'est dans un tel contexte que le PS multipliait les prises de contact. Ils étaient établis depuis longtemps avec des personnalités vivant, ou ayant vécu, en exil en Europe. Fernando Henrique Cardoso était de ceux-là qui deviendra bientôt Sénateur du MDB (seul parti d'opposition autorisé), avant de fonder, après le retour à la démocratie, le PSDB (et de devenir, pendant deux mandats, Président de son pays). Mais il y avait aussi Leonel Brizola, le "gaucho"(originaire de Rio Grande do sul), dirigeant charismatique du parti fondé par Getulio Vargas, le Parti travailliste.
Lula venait d'un autre univers. Celui des ouvriers de la grande industrie, souvent liés à la gauche chrétienne et fidèles à leurs favelas du Nord Est d'où ils provenaient le plus souvent.
Le PS tenait beaucoup à ce nouveau front relationnel. Finalement c'était la classe ouvrière que nous connaissions le moins dans ces contrées lointaines.
Le Premier secrétaire du PS avait payé de sa personne en rendant visite à de nombreux pays latino-américains. Hélas, le Cône sud était sous la botte des militaires. Faute de pouvoir librement les visiter lui-même, il avait chargé Jospin et son équipe de suivre de près les dossiers les concernant.
Il fallait se préparer au pouvoir sur ce terrain aussi.

Le PS ne se contentait pas des apparences médiatiques dans ses relations avec la gauche des pays en développement. Au coeur de la lutte pour la démocratie et la justice, le Parti tissait systématiquement un réseau solide d'amitiés sur le plan personnel et organisationnel. Le but n'était pas d'être photographié en boubou, avec un poncho ou un burnous au milieu des assistants à une conférence internationale exotique, mais d'accumuler et de disséquer des dossiers sur le fond des affaires concernant les pays en développement et, souvent, vivant sous un régime non constitutionnel.
La vigilance des socialistes français devait, en dépit des difficultés liées à la nature du régime, être particulièrement en éveil  pour tout ce qui touchait une puissance comme le Brésil.

Antoine Blanca

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  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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