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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 12:19
Je crois pouvoir donner à mon article de ce jour la forme d'un témoignage. Je n'ignore pas que parler d'un petit pays (21000 km2 et 13 M d'habitants) d'Amérique centrale, alors que des événements  majeurs mobilisent notre intérêt en Europe, en Asie ou au Moyen-Orient, peut prêter à sourire. Mais les plus anciens se souviennent encore du terrible drame qui, tout au long des années 1980, retint l'attention angoissée des peuples de gauche, de l'Eglise catholique, des défenseurs des Droits de l'homme et même de l'ONU dont la médiation fut décisive, et qui concernait El Salvador, ce pays sans importance.
L'installation aujourd'hui, dans le palais présidentiel, d'un Chef d'Etat de gauche âgé de 39 ans, Mauricio Funes ne mériterait pas notre attention si on oubliait un certain nombre de faits qui sont dignes d'être gravés dans le marbre de l'histoire de l'Humanité: la révolte des paysans-serfs indiens, au début des années 30, pour secouer le joug d'une oligarchie raciste et cruelle. Ce fut, pendant trois jours et quatre nuits, une jacquerie faite d'ivresse et de vengeance longtemps retenue au pied  du volcan Izalco. La répression fut terrible. Les yankees du navire de guerre "Rochester", appelés au secours par le tyran du moment, arrivèrent trop tard: Maximiliano Martinez avait déjà massacré 15000 paysans indiens. L'oligarchie et ses soldats-sbires n'avaient pas besoin de renforts venus du nord. Ils nettoyèrent tout seuls les flancs du volcan. Et depuis il n'y a plus d'indiens à El Salvador pour revendiquer une telle identité ethnique.
En 1979, tout commença à l'Université. Insurrection qui se prolongea dans les campagnes et donna naissance à plusieurs mouvements révolutionnaires. Ils finirent par s'unifier en un front commun "Farabundo Marti de Libération nationale", le FMLN, dont l'émanation civile, dialoguante, le Front démocratique révolutionnaire, FDR, adhéra à l'Internationale socialiste. Je les connaissais bien et j'étais l'un des très rares, en Europe, à apprécier la dimension de leur courage, la profondeur de leur engagement. Je ne connais pas de survivant chez les dirigeants du mouvement.
Mais le nouveau Président du pays est, il n'y a pour moi aucun doute, leur descendant spirituel et politique en ligne directe. Quand j'étais l'ambassadeur de Mitterrand chargé de coordonner les efforts du gouvernement de la gauche en Amérique latine, le FDR était l'un de mes interlocuteurs privilégiés. Les commandos de la mort dirigés par le major d'Aubuisson assassinaient des démocrates, dans son pays ou au Guatemala, où les tueurs avaient d'honorables correspondants.
En 1980 ils avaient assassiné, pendant qu'il disait sa messe, l'Archevêque de San Salvador, Oscar Romero, comme ils allaient tuer, neuf ans plus tard, le recteur de l'Université jésuite, Ignacio Ellacuria, autre dénonciateur des crimes de l'oligarchie. En tout 75000 personnes auront été victimes de l'impitoyable répression organisée par les puissants, avec la bénédiction des gouvernement s dee Reagan et de Bush père.
La paix fut négociée par un président venu de la droite extrême, Alfredo Cristiani, et par le FMLN, dans les bureaux du 37e étage de l'ONU que j'occupais comme Directeur général au développement et à la coopération économique internationale. Entre Noël et Nouvel An de 1991. Ils furent complétés et parrafés à la fin de l'hiver 1992 à Mexico.
Depuis le FMLN est devenu un parti politique démocratique, a perdu trois élections et vient de gagner la quatrième.
Mauricio Funes est Chef de l'Etat. Son épouse, colombienne d'origine, est  activiste connue de la Ligue internationale des Droits de l'Homme.
Le Salvador est un pays volcanique, toujours violent, même si cette violence n'a plus de caractère politique. Mais le nouveau président, homme tout à la fois de dialogue et de caractère, peut triompher de tous les obstacles. Les "comandantes" de l'ancienne guérilla sont disposés à l'aider et à le respecter. Mais aussi les 62 chefs d'Etat présents aux cérémonies d'investiture, le Prince des Asturies comme Chavez, le Colombien Alvaro Uribe comme Lula ou le nicaraguayen Daniel Ortega. Hillary Clinton apportait le message d'Obama (un salvadorien sur quatre vit et travaille aux Etats-Unis ). Jamais le petit pays n'a eu autant de chance de se pouvoir faire entendre.
Sarkozy n'a pas jugé l'événement suffisamment médiatique pour mériter l'envoi d'un représentant prestigieux. C'est pourtant à Paris que Mauricio Funes aura fait son dernier séjour en tant que simple citoyen: il était venu dans notre capitale (la semaine dernière) assister au procès de l'assassin de son fils de 27 ans qu'il avait envoyé étudier à Paris.
Pour le mette à l'abri des violences.
Son assassin, qui l'avait frappé à mort devant le musée du Louvre le 2 octobre 2007, a invoqué, pour sa défense, son état d'ébriété. Il a écopé de 16 ans d'emprisonnement.

Antoine Blanca

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  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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