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13 juin 2009 6 13 /06 /juin /2009 15:13
Avant même l'annonce des  premiers sondages à la sortie des urnes, tout était prêt dans les comités de rédaction: le 7 juin Sarkozy avait triomphé, le PS était en déroute; certains n'hésitant pas à utiliser le terme de débâcle. Bien entendu le succès d'Europe Ecologie allait être d'autant moins dissimulé qu'il se faisait  au détriment des socialistes et accentuait le mauvais résultat de Bayrou.
A 20 heures pétantes tout le monde entonnait le même refrain et l'hebdomadaire "le Point" préparait sa millième photo de Sarkozy en couverture, avec le titre "enfin seul!" Presque gaullien...
En revanche, il faudra chercher dans la presse étrangère (et dans "le Canard enchaîné"), des commentaires sur le fiasco diplomatique de notre président, dans  sa pathologique énième tentative de se montrer en partenaire privilégié de la vedette incontestée de la politique mondiale, Barack Obama. Lequel l'a rebroué avec distinction et souplesse de basketteur.
Cela est dur pour un inconditionnel du grand frère américain. Sarkozy a tout fait, pourtant, pour s'attirer les bonnes grâces de "l'oncle Sam". Envoi de renforts en Afghanistan, courbettes pour réintégrer, sur un misérable strapontin il est vrai, le Commandement intégré de l'OTAN, multiplication des gestes serviles sur tous les continents...Une vieille complainte andalouse me vient aux lèvres quand je pense à ces choses là : "Ana Maria la laide, qui avait beau s'habiller de soie, n'était aimée de personne..."
En fait, l'attitude du Président des Etats-Unis ne relève nullement de la réaction épidermique. Pour lui, Sarkozy reste l'homme qui  se voulait  le meilleur ami de Bush Jr., c'est le Président qui était allé passer ses premières vacances suivant son élection dans un coin perdu d'Amérique, dans le seul but  de se faire inviter à un barbecue familial par "doubleiou" et son papa; l'un des rares Français aussi à avoir manifesté ses sympathies pour ses rivaux républicains. Sarkozy-Ministre aurait souhaité que la France intervienne dans la dernière guerre d'Irak. C'est tellement connu que M.Obama a, depuis qu'il est élu, multiplié les gestes de sympathie  à Chirac, par courrier ou en lui rendant visite. Ce n'était pas sans signification puisque l'ancien Président avait refusé d'envoyer des troupes dans un conflit que l'ONU tenait pour injustifié.
Et puis, contrairement à la presse française, l'hôte de la Maison Blanche sait que l'agitation sarkozyenne, pendant son exercice de la présidence de l'Union, s'est traduite, sur tous les terrains, par des fiascos mal camouflés.
Alors quand il a compris que l'invitation à visiter les sites du débarquement en Normandie, dissimulait un exercice de communication élyséenne, qu'on prétendait le manipuler, il a  pratiqué l'art de l'esquive. Avec beaucoup d'élégance. La Reine d'Angleterre ne sera pas de la partie ? Oh! Shoking! Et on a fait connaître sa désapprobation. On voulait transformer un court séjour familial privé à Paris en show télévisé Obama-Sarkozy? Que nenni: on dînera entre nous chez Mac Donald, et madame fera des courses avec les enfants, après une grimpette à Tour Eiffel ... Paris is so beautiful, indeed.
Mais auparavant on avait montré beaucoup de considération à Mme Merkel à Berlin, et manifesté l'intensité de l'intérêt des Etats-Unis pour la question du Moyen Orient.
Au cimetière américain des plages normandes, le protocole US avait placé le Prince Charles à droite de Obama, le Premier canadien à sa gauche, et Sarkozy quelques places plus loin.  Il en était tellement abasourdi qu'il en oublia les paroles de la Marseillaise.
Heureusement la presse française était là, pour prendre le bon angle dans les prises de vue du cimetière (une bonne diagonale et on voyait  les deux têtes qu'il convenait de voir), mettre en relief l'importance supposée des très rares entretiens privés et envoyer les bonnes images en les accompagnant des commentaires adéquats pour les télespectateurs d'un dimanche d'élections.
Cette accumulation de rebuffades, exercées avec le souci de soignert la nuance et la forme, n'ont pas échappé à la presse anglo-saxonne. Et même internationale.
Laquelle apprécie  que désormais l'élégance doit être cherchée de l'autre côté de l'Atlantique, alors qu'en Europe nous devons nous contenter des numéros de bazar que nous offrent Sarkozy et Berlusconi.
Pauvre France! Mamma mia!

Antoine Blanca

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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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