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18 juin 2009 4 18 /06 /juin /2009 09:23
La persistance du vaste mouvement anti-mollah qui secoue le régime iranien, la spontanéité avec laquelle la jeunesse a organisé une véritable toile d'araignée de résistance, la capacité démontrée par les manifestants à utiliser à leur profit le moindre espace de liberté offert par le Constitution de la République islamiste, attestent de la profondeur de la contestation.
Il y a trente ans le processus qui allait déboucher sur le départ du Chah avait aussi commencé dans la rue, et les premières victimes de la répression avaient été des étudiants et des intellectuels. Toute comparaison a les limites que lui imposent l'histoire et la société. Le système politique dans lequel se meut Ahmadinejad ne ressemble pas à celui du Roi des rois et le recours à une autorité supérieure, celle du "Guide suprême", peut retarder certaines échéances. Mais la pratique de la répression brutale, la pratique de méthodes criminelles de basse police ont ramené le pays trente ans en arrière. L'Ayatollah Khomeini vivait alors en France, à Neauphle-le-Château, entouré de ses partisans, religieux par conviction ou par tactique. Tous voulaient  abattre le régime de Téhéran et son monarque mégalomane qui ne pouvait plus compter que sur son abominable gestapo, la Savak, et sur les quatre mille  soldats d'élite de la "Garde impériale".
Le PS, avec Lionel Jospin aux commandes du Secrétariat aux relations internationales, avait établi un bon contact avec certains éléments de la cour de l'ayatollah. C'étaient des jeunes hommes de gauche, voire des révolutionnaires qui avaient la naïveté de croire qu'ils pourraient utiliser, au profit de leurs idées, le vénérable vieillard confit en religion et égrenant son chapelet entre deux enregistrements de prêches incendiaires appelant la rue au renversement du régime.
Ces jeunes, avec lesquels le PS était en relation, ne firent pas très long feu. Qu'ils fussent "moudjahiddine du peuple" ou non, ils se virent emportés par la vague religieuse du clergé chiite. La gauche laïque n'avait pas sa place dans un régime atypique prétendant incarner le gouvernement de la Charia, la loi coranique revue et corrigée par les mollahs.
Mais ceux et celles qui restèrent au pays se mirent à espèrer que des changements démocratiques significatifs pourraient intervenir en utilisant la voie légale. Moussavi étant, et de loin, "moins mal" qu'Ahmadinejad, on fit bloc derrière lui. Il ne fait aucun doute qu'ils avaient raison puisque "le religieux modéré" a gagné dans les urnes. Ce qui est tout à fait nouveau c'est que la République islamique, qui pourtant avait tout verrouillé, violerait sa propre loi.  Il paraissait entendu que, si chaque candidature était étroitement contrôlée, le vote, ensuite, était libre.
La fraude massive a fait savoir aux Iraniens et au reste du monde que la moindre évolution, même dans le strict cadre légal, demeurait inconcevable.
On parle de foules rassemblées par les partisans des deux principaux candidats. Mais de toute évidence elles sont très différentes dans leur composition. La jeunesse, la spontanéité militante, la générosité et le don de soi d'un côté, les régiments de femmes voilées de noir et de fonctionnaires des mosquées de l'autre.
Les démocraties européennes doivent choisir le camp des premiers et le faire savoir. Le PS doit aussi faire entendre haut et fort sa voix. Ce qui est en train de se passer signifie que le monde obscur incarné par Ahmadinejad va mourir. C'est inéluctable à plus ou moins long terme car les racines de la protestation sont trop profondes.

Antoine Blanca

NB:Nous comprenons la prudence manifestée par Obama. Le pire service que le Président des Etats-Unis pourrait rendre à l'opposition iranienne serait de l'assurer de son appui. Son pays incarne à ce point le mal absolu dans le coeur du peuple que la discrétion s'impose. 

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  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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