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8 juillet 2009 3 08 /07 /juillet /2009 17:23
J'ai vécu toute ma scolarité dans le secondaire, en qualité de pensionnaire, au Lycée Bencheneb de Médéa. Les pères trappistes vivaient dans une quasi autarcie, faite de labeur, de méditation, de prières et de silence, dans leur couvent, au lieu-dit Tibéhirine à 4 ou 5 kilomètres de la capitale du Titteri. Dans un paysage bucolique de moyenne montagne, de vignobles, d'eau et de verdure. Ils paraissaient installés là depuis la nuit des temps. Les Médéens les respectaient. Pour les paysans, les fellahine, c'étaient de bons voisins. Ils se trouvaient là quand commença ce qu'on appelera "la guerre d'Algérie". Et ils étaient toujours là après l'exode de plus d'un million de Pieds-Noirs. Leur présence était comme une note de calme dans la tempête. Ce lien avec le passé rassurait un peu.
Tibéhirine, au coeur des montagnes du Titteri, était aussi au coeur des batailles qui opposèrent pendant plus de sept ans les maquisards de la willaya IV à l'armée française. Beaucoup de sang a coulé dans ce coin du pays, à 1000 mètres d'altitude. Des scènes d'horreur pendant et après les embuscades meurtrières tendues par les combattants algériens, opérations massives des militaires français pour liquider des maquis puissants qui pouvaient compter sur l'appui logistique de la majorité de la population. Pas de place pour la pitié dans cette lutte.
Pourtant les moines ne quittèrent jamais leur monastère. Tant l'ALN que notre armée le considéraient, de fait, comme un territoire neutre. Chacun savait, cependant, que les religieux n'avaient jamais refusé de soigner un blessé, pas plus que le pain et l'eau quand la politique de regroupement forcé, de quadrillage total, parvint à affamer les maquisards. Ils ne prenaient pas parti. Ils agissaient, disait l'archevêché d'Alger aux généraux qui venaiient se plaindre, en chrétiens. Leur voeu de silence était strictement mis en pratique et ils ne donnèrent jamais de renseignement sur ce qu'ils voyaient ou entendaient autour d'eux.
Comment ont-ils pu traverser près de huit ans de guerre d'Algérie,sans une égratignure, et être massacrés de la manière la plus ignominieuse, trente quatre ans plus tard, au cours d'une guerre civile qui ne les concernait nullement?
Il est vrai que la région de Médéa avait conservé sa valeur stratégique dans un conflit impitoyable où les maquisards étaient les islamistes du GIA et les militaires l'ANP algérienne. Alors, bavure de l'armée camouflée en massacre des fanatiques armés? A mon avis nous n'aurons jamais aucune certitude absolue. Le gouvernement et l'armée algérienne resteront toujours fermes sur leur position initiale et les survivants du GIA, organisation qui avait reconnu avoir ordonné le massacre, ne sont pas en situation de rectifier leur aveu de manière crédible. Qui aurait d'ailleurs l'autorité de le faire?
Reste la réalité de l'horreur que fut la nouvelle guerre d'Algérie qui dura une dizaine d'années, opposant l'Etat à l'insurrection des barbus.
L'assasssinat de moines paisibles, apparemment aimés de tous, témoigne d'un fait indéniable: des dizaines de milliers de citoyens et de citoyennes algériens, qui n'étaient pas acteurs dans cette guerre, furent massacrés par les uns et les autres. Et on ne saura jamais les noms des criminels.


Antoine Blanca

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  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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