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16 juillet 2009 4 16 /07 /juillet /2009 17:54

L’expression revient dans les bouches et sous les plumes : il faut moderniser la gauche. Elle est, à mon sens, autant d’actualité que la révolution de Juillet 1848. On la retrouve, avec une régularité de métronome, dans les archives du socialisme français, et permet à des hommes politiques, plus ou moins jeunes, en panne de véritables idées à mettre en avant, d’avoir l’air de découvrir l’Amérique. Naturellement la gauche en général (et le PS en particulier), doivent, pour assurer leur permanence, et on espère son expansion, rester en phase avec la réalité, l’analyser et élaborer des projets compatibles avec une histoire qui se construit jour après jour. C’est cela la modernité : ne pas rester collés au passé. Les prises de position publiques d’un parti socialiste doivent s’appuyer sur le travail des commissions spécialisées qui ne cessent de produire de documents, souvent fort sérieux, touchant tous les centres d’intérêt, national et international, économique et social. Procède-t-on toujours de cette manière ? Ce n’est pas certain, du moins aujourd’hui. Les dites commissions se réunissent bel et bien, et « produisent » régulièrement. Mais il n’est pas sûr que le Secrétariat du PS, le Bureau national, consultent systématiquement ces productions intellectuelles.

Avant de « moderniser », il convient par conséquent de revoir les méthodes de travail et le processus décisionnel. On reviendrait alors, sur ce plan du moins, à un passé récent, celui de Mitterrand et de Jospin par exemple. Les thèmes à traiter, eux, changent forcément avec la marche du temps.

 

Mais je crains que le slogan « il faut moderniser la gauche » cache  aujourd'hui une idée bien différente. Et pour tout dire bien pernicieuse. C’était déjà le thème préféré, par exemple, de Gaston Defferre pour dénoncer le supposé archaïsme de Guy Mollet, dans les années 1960 ; de Michel Rocard avant le Congrès de Metz (1979) pour tenter de détrôner François Mitterrand…Et c’est celui d’élus plutôt jeunes (entre 35 et 50 ans, il faut relativiser leur jeunesse), qui aspirent, pourquoi mégoter, à devenir président ou présidente de la République.

 

Une fois que l’on a pris acte de leur squelette de programme, aux uns et aux autres, on se rend compte que tous ces aspirants veulent davantage de libéralisme économique, moins d’Etat et de protection sociale. En un mot, ces modernisateurs sont des socialistes de  droite. Encore qu’ils vont parfois jusqu’à récuser leur appartenance à la famille socialiste. Certains voudraient changer la dénomination du Parti. Comme s’ils en avaient honte. On devrait faire, paraît-il, comme la droite qui, tous les dix ans, change le nom de son rassemblement, de son mouvement ou de son union (l’intitulé change, l’idée reste la même).

 

Avant de demander à réformer le parti, nos modernisateurs et modernisatrices devraient clarifier leurs propres idées. Qui demeurent obscures et peut-être inavouables.

 

En quoi le libéralisme économique, financier, peut-il être qualifié de moderne ? La crise actuelle est la crise de leur système. La situation présente, à l’échelle du monde, tend à démontrer plutôt l’échec de ce libéralisme. Et partant, c’est la démission idéologique de la gauche, sa capitulation devant le capitalisme qui explique l’affaiblissement électoral de la démocratie socialiste européenne.

Sarkozy--- que ces camarades honteux de notre idéologie, de nos principes, ne critiquent jamais ouvertement---, est en train de détruire ce qui a été fait par la gauche pour moderniser (oui, là réside la vraie modernité) et humaniser notre société. Même si tel ou tel des discours présidentiels tente de masquer la réalité (celui, d’une tonalité presque révolutionnaire, prononcé devant les délégués de l’Organisation internationale du travail, OIT, est un chef d’œuvre de mauvaise foi).

 

Alors ces camarades devraient participer, en priorité, au combat commun contre le conservatisme économique et social. Et respecter les échéances décidées en commun pour un bon exercice de la démocratie interne.

 

Antoine Blanca

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  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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