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12 septembre 2009 6 12 /09 /septembre /2009 09:40
Je me souviens de l'émission de Denizot à Canal+, mardi 8 septembre. Invités vedettes, deux obscurs journalistes d'Europe1 que l'équipe de Canal paraît découvrir en même temps que moi. Mais le titre du livre, qui sera en vente le lendemain dans toutes les bonnes librairies, est prometteur, parce que mettant en cause l'éthique collective du premier parti de l'opposition. Une aubaine pour l'Elysée qui n'est sans doute pour rien dans l'opération ("tonton, pourquoi tu tousses?")
Je retiens mon souffle. Après le succès de l'Université d'été, les militants, gonflés à bloc, paraissaient disposés à passer à l'offensive. Un vent d'optimisme commençait à souffler dans les rangs.
Du coup, certain que le pouvoir allait préparer un coup tordu, je m'étais mis à guetter des signes précurseurs de ce type de manoeuvre dans les médias.
Et pas seulement dans les médias. Visiblement irritée par l'ambiance de La Rochelle, la camarade Royal avait décidé de rompre les accords de bonne conduite qu'elle avait conclus avec le Secrétariat. "Personne ne peut me reprocher des écarts de conduite. Je me suis montré exemplaire", s'émerveillait-elle dans les étranges lucarnes, avec l'air de se regarder dans le miroir de la belle-mère de Blanche Neige. "Suis-je toujours la plus belle? l'interrogeait-elle avec un soupçon d'inquiétude".
Personne ne sait ce que le miroir lui répondit. Mais toujours est-il que, dans les heures qui suivirent le psychodrame qu'elle se jouait, la princesse des Deux-Sèvres recommençait ses frasques en se prononçant, sans consultation de qui que ce soit, contre la taxe carbone, dont on ne connaissait pas alors ni le montant, ni les modalités du projet. Les instances du Parti? quelles instances? quel parti?, s'étonnait-elle devant ceux qui l'interrogeaient.

Le pire était à venir puisque, dès la publication du livre anti-Aubry, elle se disait en état de choc, et promettait une réaction à la fois solennelle (mais quand n'est-elle pas solennelle?) et musclée. Depuis, comme toujours quand il s'agit de faire du mal à son Parti, elle a retrouvé avec délice les plateaux et les antennes qui lui manquaient tant dans sa retraite provisoire.
Hélas, rien de bon ne doit être attendu de ce retour de "l'ex-camarade exemplaire". Les militants sont abasourdis. Comment peut-on faire tant de mal sans pour autant se faire du bien.

En fait, à l'émission de Denizot, l'accueil fait aux auteurs du livre n'avait pas été enthousiaste.
-- Avez-vous des documents prouvant ce que vous avancez? demande JM Aphatie aux petits plumitifs.
-- Oui, mais nous ne voulons pas dévoiler nos sources. Il faut simplement nous croire, répondent en choeur les nouvelles vedettes.
-- A qui pensez-vous que ce livre profite? demande, non sans pertinence, Ali Baddou.
On bredouille, on ne répond pas vraiment. Dans l'ensemble on retient qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil sarkozien. Que les prétendues révélations n'en sont pas. Que les preuves de fraude n'existent nullement et que ce qui fait tant de bruit avait été étalé en son temps et examiné minutieusement par la commission de contrôle électoral du PS. Le Conseil National avait tranché et, plus tard, des dispositions avaient été prises pour associer la camarade Royal et ses proches au Secrétariat [au dire même des deux besogneux d'Europe 1, ce que la grande presse présente aujourd'hui comme une "fraude massive" concernerait un petit millier de voix au total, et dans les deux sens].
Alors, pourquoi l'ancienne candidate de la gauche se déclare-t-elle en "état de choc". Pourquoi contribue-t-elle à donner corps à une campagne hostile contre les siens, quitte à compromettre les prochaines échéances électorales? C'est un comportement à la fois criminel et suicidaire.

L'attitude mégalomaniaque de Ségo est d'autant plus inexplicable que, la semaine précédente, elle s'en était prise violemment à la Station Europe 1 qui avait diffusé une information très documentée sur les problèmes de toute nature auxquels son courant,"Désirs d'avenir", était confronté. Politiquement parce que nombre des ténors qui la soutenaient hier, l'avaient abandonnée pour fonder, comme Vincent Peillon avec l'appui des fédérations de la région PACA, leur propre groupe de pression.
Financièrement, parce qu'elle doit quitter ses locaux du boulevard Raspail, dont elle ne peut plus payer le loyer de 8000 euros mensuels, et diminuer plus généralement la voilure de son petit navire de guerre. Europe 1 ment, affirmait alors Ségolène. Mais quand des journalistes de la même station publient un brûlot contre le PS, sans apporter un seul élément nouveau à une polémique qu'on croyait enterrée, voilà que ce qu'ils disent est parole d'évangile.

Pour ma part je pense que les deux faits sont liés. C'est parce que son courant était en train de couler politiquement et financièrement, qu'elle a saisi l'occasion de se relancer. Sans se soucier du préjudice qu'elle cause à ses camarades, même à ceux qui ont été les plus proches d'elle.
La mégalomanie, cela se soigne, sans doute. Mais elle cause, avant la guérison, nombre de dégâts collatéraux.

Antoine Blanca

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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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