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24 septembre 2009 4 24 /09 /septembre /2009 10:19
A l'ONU certains rituels sont immuables. Ils sont souvent le résultat d'âpres négociations entre représentants des Etats membres et le moindre projet de modification est toujours suspect, par avance, aux yeux de certains. Aussi les discours prononcés à l'occasion de l'Assemblée générale ordinaire de septembre, par les chefs d'Etat ou par leurs représentants, doivent-ils respecter un certain code de bonne conduite, un protocole coutumier strict. Leur intervention à la tribune,  par exemple, ne doit pas dépasser quinze minutes, durée compatible avec un programme particulièrement serré. Il arrive en effet que des monarques ou des présidents ne consacrent que quelques heures à Manhattan, entre deux voyages officiels. Cette durée n'est précisée dans aucun texte. Mais c'est une question d'honneur.
L'honneur, Muammar Kadhafi, maître de la Libye depuis 40 ans, s'assoit dessus avec son burnous en poil de dromadaire et avec une délectation non dissimulée. Sans doute a-t-il estimé hier que, n'étant jamais venu aux Nations Unies, il avait du retard à rattraper. Il s'est donc attardé quatre-vingt-quinze minutes devant des délégations excédées (Sarkozy et ses faire-valoir Pujadas et Ferrari ont fait aussi les frais de cette goujaterie en se voyant contraints de retarder une interview exclusive en direct; les télespectateurs français en sommes encore sous le choc). Il est vrai aussi que la municipalité new-yorkaise ne l'avait pas autorisé à planter sa tente à Central Park , une contrariété dure à accepter pour ce buveur de lait de chamelle. Chez nous, à Paris, on avait eu la courtoisie de céder à son caprice:  le prestigieux nomade avait pu s'installer, avec sa garde rapprochée féminine, sur la pelouse de l'Hôtel de Marigny, en face de l'Elysée...
Ce commanditaire d'assassinats, individuels ou de masse, s'est permis de faire longuement la leçon au reste du monde. C'était le discours du défenseur des pauvres, des damnés de la terre, contre l'impérialisme en général et l'américain en particulier.
 
Je suis allé en Libye, quand j'étais numéro 2 du Secrétariat de l'ONU , et je peux porter témoignage: il a fait de son  pays est une vaste prison et lugubre prison. Et, pendant longtemps, son territoire a servi de base à de douloureuses interventions militaires en Afrique. Actuellement même il joue au chat et à la souris avec le Tchad et les Tchadiens. Qui a oublié, enfin, le sort réservé aux infirmières bulgares?
Mais rien ni personne n'a le pouvoir de lui interdire l'accès à la tribune onusienne.
Or les relations dans l'enceinte des Nations Unies sont surtout fondées sur le savoir vivre et la civilité. Comme son compère Kadhafi, le président mal élu de l'Iran, Ahmadinejad, veut tout ignorer de ces notions de simple humanité. A New York les orateurs peuvent lancer des attaques politiques très fortes, allant même jusqu'à la menace; mais il reste entendu, depuis toujours, implicitement, que l'insulte violente, directe, les déclarations de guerre, à l'encontre d'autres états membres, sont proscrites. Mais, pour la deuxième année consécutive, M. Ahmadinéjad a méprisé cette règle de cohabitation.
 
Dans le passé, d'autres dictateurs se sont mal conduits. Et beaucoup se souviennent encore de Nikita Khroutchev brandissant l'une de ses chaussures pour en frapper son pupitre de délégué en protestation contre le discours du délégué américain. Mais il n'y avait  dans ses propos ni menaces de mort ni, a fortiori, menace guerrière.

L'Assemblée générale de 2009 aura tristement innové: jamais les extrémistes ne se seront autant manifesté à la tribune.
Les généraux qui ont trop souvent gouverné en Amérique latine préféraient toujours envoyer à l'ONU leur ministre des Relations extérieures.  Ni Trujillo, ni Pinochet ou Videla ne se sont risqués à venir discourir dans une telle enceinte. Pas plus que Franco, Salazar ou les colonels grecs. Il semble que Kadhafi et le régime des mollahs iraniens, veuillent innover en la matière.
La Charte de l'ONU leur en donne, il est vrai, le droit.
Mais il serait convenable que nous n'entrions pas dans leur jeu en servant, au travers de nos médias, de caissse de résonance à des propos qui seraient ubuesques s'ils ne s'inscrivaient pas sur fond de sanglante tragédie. Et n'annonçaient de possibles lendemains de terreur.

Antoine Blanca

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  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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