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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 12:49

"Algérie libre", c'était le titre de l'organe du PPA* de Messali Hadj dont les exemplaires étaient le plus souvent saisis dès leur publication. Ferhat Abbas, lui, avait "La République algérienne" pour porter la parole de son UDMA**, journal lui aussi soumis à une censure inavouée. A peine sorti de l'adolescence je tentais de m'informer auprès des distributeurs discrets de ces journaux procrits par la machine coloniale. L'absurdité criminelle de la répression contre toute expression publique jugée trop déviante me faisait craindre une explosion dont nous serions tous victimes, tous ceux qui vivions en terre algérienne. Les responsables nationalistes que nous connaissions dans la famille, et qui avaient fini par accepter de débattre en privé, étaient des gens blessés dans leur amour-propre, parfois dans leur dignité. De temps à autre, je les voyais emmenés par deux gendarmes, menottés, exhibés dans les rues du bourg comme des trophées de chasse. Ces responsables locaux, infirmiers, préparateurs en pharmacie, clercs de notaire, commerçants ou petits artisans étaient peu nombreux à afficher leurs convictions. Avant qu'éclate l'insurrection, aucun n'était pilier de mosquée et ils préféraient parler d'Ata Turk que du Muphti de Jérusalem.

L'indépendance ne signifait pas pour ces militants le rejet d'une autre communauté vivant sur leur sol. Plus tard, vingt mois après le 1er novembre 1954, le texte issu du congrès du FLN réuni clandestinement dans la vallée de la Soummam, confirmait cette ligne laïque, ouverte et démocratique.

Cette manière de penser n'a pas survécu à une guerre sans nom de sept ans et demi. Une bonne part des militants dont je parlais plus haut ont été liquidés par ceux qui considéraient les messalistes comme des traîtres. Toute une jeunesse généreuse de sa vie est morte, quant à elle, dans les combats du maquis et les résistants de la première heure, eux non plus, n'étaient pas là, bien souvent, pour participer aux commémorations du 5 juillet 62.

Figure illustre et symbolique du petit monde pied-noir, Albert Camus, l'enfant des faubourgs pauvres d'Alger, était mort deux ans plus tôt. Mouloud Feraoun, l'écrivain kabyle des 'Chemins qui montent', avait été assassiné par l'OAS*** avec cinq de ses collègues inspecteurs des Centres sociaux. L'un et l'autre incarnaient une forme d'espoir en une Algérie nouvelle, pacifiée et tolérante.

Mais on ne vit pas que de souvenirs et de regrets. Une jeunesse puissante, sur l'autre rive de la Méditerranée, persiste à vouloir vivre dans un pays sachant partager équitablement, enfin, ses richesses, son génie créatif et son besoin de joie.
Bonne fête, les Algériens: ne nous perdons jamais de vue.

Antoine Blanca

*Le PPA, Parti du peuple algérien, devint, après sa dissolution en 1946, le MTLD, Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques. Son chef charismatique, Messali Hadj, refusa de se joindre à l'insurrection armée. Il fonda alors une organisation concurrente, le MNA, dont le FLN ordonna la liquidation violente totale. Les messalistes étaient très nombreux parmi les Algérien travaillant en France.

**UDMA, Union démocratique du Manifeste algérien, parti nationaliste ouvert à un dialogue auquel la France ne se prêta jamais. Ferhat Abbas, pharmacien à Sétif de son état, devait devenir le premier Président du GPRA quand il rejoignit le FLN à Tunis.

***Exploitant à fond le désarroi de la masse du petit peuple pied-noir, l'OAS contribua à donner aux derniers mois de l'Algérie française un aspect de grande messe sanglante. Sa politique de la terre brûlée, les assassinats en masse de Français libéraux et d'Algériens, fut un facteur déterminant pour empêcher la réalisation des accords signés à Evian le 19 mars 62 entre le GPRA et l'Etat français.

 

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  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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