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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 15:22

Le nouveau triangle de la violence en Amérique centrale (Salvador, Guatemala, Honduras) concerne les féminicides. Du moins est-ce par ce néologisme que l'ONU a qualifié la déferlante de crimes contre des femmes. Une hécatombe qui n'a cessé de s'aggraver au cours des dix dernières années. Au Guatemala il a même été caractérisé par une loi, sans que cela ait eu pour effet de diminuer le nombre de délits enregistrés.

Analysé par les organisations internationales compétentes, et par les associations féminines américaines (depuis une première série de meurtres perpétrés à Ciudad Juarez, au nord du Mexique), le  féminicide n'a rien à voir avec les violences domestiques, hélas traditionnelles. Ces dernières sont, bien entendu, comptabilées à part.


Selon l'ONU il s'agit de crimes impersonnels. L'assassin ne connaît pas sa victime et n'a jamais eu de relation, de quelque type que ce soit ,avec son entourage. Il tue une femme, parce qu'elle est femme.

Les crimes sont commis avec une brutalité peu commune, avant et après la mort de la personne. Le viol est systématique. Et dans la majorité des cas le corps est mis en pièces. On le retrouve,  ou on retrouve ses restes, dans la rue ou sur un terrain vague.


Au Guatemala, par exemple, 5027 femmes ont péri de cette manière au cours des dix dernières années (847 en 2009). Mais c'est aujourd'hui le Honduras qui est en tête de ce tragique palmarés.

Selon l'Union nationale des femmes guatémaltèques (UNMG), il s'agit bel et bien de combattre par la terreur la nouvelle position revendiquée, et souvent assumée, par ce qui fut naguère qualifié de "sexe faible", dans la société latino-américaine.

Et l'UNMG de rappeler la guerre intérieure qui saigna le Guatemala pendant 36 ans, avec un bilan de 200000 morts ou disparus. Il s'agissait alors, pour les militaires et les forces de répression moins officielles, de lutter contre "l'ennemi de l'intérieur", de le liquider physiquement et de terroriser ceux qui seraient tentés de rejoindre leur combat. Ou tout simplemment les citoyens qui prônaient la négociation et le retour de tous à la vie civile.

L'histoire du Salvador est très proche de celle de son voisin. Et, selon les "femmes guatémaltèques", le Honduras subit le même phénomène, en accéléré, depuis le coup d'Etat qui renversa le Président Zelaya. Beaucoup ne croient pas que ce soit une coïncidence.

La paix fut conclue au Salvador en 1991 et au Guatemala en 1996. Mais la pratique généralisée du féminicide serait inspirée par les mêmes forces ultra-conservatrices qui, au-delà des révolutionnaires, liquidaient tous ceux qui étaient partisans d'une démocratie de progrès.

Nous n'avons pas d'éléments probants sur ce dernier point. Seuls les chiffres statistiques demeurent. Aussi éloquents qu'inexpliqués.

Comme demeure l'impunité pour les criminels.

Car la structure de l'Etat est toujours la même depuis les accords de paix, en dépit des avancées enregistrées dans deux des trois pays du "triangle" (Le Salvador et le Guatemala, tandis que le Honduras est descendu dans l'échelle des valeurs démocratiques).

 

Antoine Blanca

 

N.B. L'auteur n'oublie pas que la violence dans cette partie du monde est aussi causée, à grande échelle, par les cartels de la drogue. Mais il s'agit là d'une réalité beaucoup mieux connue de nos lecteurs.

 



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  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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