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31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 11:47
Il est de petite taille et paraît insignifiant. Mais observez son regard, fait de détermination, conviction et bonheur contenu d'avancer enfin sur le bon chemin, les siens à ses côtés. Il vient d'être réelu, pour un deuxième mandat, obtenant plus de 60% des suffrages dès le premier tour. Un exploit si l'on se souvient que ce résultat a été réalisé dans la transparence la plus complète et que, au cours de sa présidence, il a transformé en profondeur le structures institutionnelles, économiques et sociales de la Bolivie, pays de tous les contrastes, deux fois plus étendu que le nôtre, mais beaucoup moins peuplé.
La république bolivienne est devenue "un Etat plurinational" afin de marquer avec force que ces terres andines apprtiennent tout autant aux descendants des colonisateurs européens, qu'aux peuples aymara, quechua et guarani. Les importantes richesses minières bénéficient désormais à tous les habitants quelle que soit leur origine, et un effort particulier en faveur de l'éducation et de la santé est en train de changer la vie des millions d'oubliés de la croissance.
Si j'attribue symboliquement à Evo Morales le titre d'homme de l'année aux Amériques, c'est qu'il est le premier à sortir vainqueur du long combat d'émancipation qui n'a jamais cessé depuis la conquête par les Espagnols. Depuis le début du XVIe siècle toutes les batailles ont été perdues par les peuples indigènes qui refusaient l'asservissement et tentaient, dans des souffrances et des humiliations indicibles, de survivre aux massacres. La nouvelle nation née de l'indépendance se vit rapidement amputée du territoire qui lui donnait accès à la mer au terme de la "guerre du  Pacifique", et celle du Chaco, voulue par des compagnies pétrolières anglo-saxonnes, se solda par un drame humain sans mesure, et devait opposer des pays frères.
Evo Morales est le premier à vaincre en cette lutte séculaire pour la dignité et l'identité retrouvées. Mais il est sans doute conscient de ce qu'il doit aux héroïques grèves révolutionnaires menées par les mineurs rend hommage à leurs martyrs innombrables. Ils ont toute leur part dans l'honneur de la classe ouvrière internationale. La gauche bolivienne se bat depuis des décennies contre la tentation du désespoir.

Mon premier voyage en tant qu'Ambassadeur itinérant pour l'Amérique latine me conduisit à La Paz où un démocrate progressiste, Hernàn Siles Suazo, venait d'être élu Président  (il succédait  à une incroyable, sanguinaire, dictature narco-militaire). François Mitterrand m'avait chargé de sonder son homologue sur la possibilité d' extrader vers la France le bourreau nazi Klaus Barbie. La négociation sera d'ailleurs menée heureusement à son terme.
J'arrivais à l'aéroport de "El Alto", épuisé après quatorze heurs de transport. Je dus secouer toutefois la torpeur dans laquelle m'avaient plongé l'altitude (4000 m) et la fatigue du voyage, pour me rendre à une invitation acceptée par notre Ambassade, dans une ferme de luxe proche de la capitale. En fait c'était un piège tendu par une organisation germano-bolivienne aux forts relents néo-nazis. Un géant blond, tout de noir vêtu, me tint à peu près ce discours: "Monsieur l'Ambassadeur, je voudrais vous parler de la vraie nature des habitants de ce pays. Sachez qu'il est impensable que les autochtones y exercent le pouvoir. Dans les combats contre les Espagnols, les meilleurs de leurs ascendants ont lutté jusqu'à la mort. Ceux qui vivent aujourd'hui sont les descendants des vaincus, une race de faibles physiquement et intellectuellement. Gardez vous de les écouter..." Horrifié, je regagnai précipitamment ma voiture.
Après la première victoire d'Evo Morales, je ne pus m'empêcher de me rémémorer cet épisode significatif.

Antoine Blanca

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  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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