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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 13:09

Sur ce blog nous avons célébré la victoire présidentielle, au Salvador, d'un représentant du Front "guérillero"(FMLN), sur le candidat de ce qui fut l'ancienne droite armée par les propriétaires signeuriaux, ARENA (après plus de vingt ans d'exercice du pouvoir par cette dernière). Aujourd'hui, après avoir souligné en son temps la signification de la victoire électorale de José (Pepe) Mùjica en Uruguay, il nous est permis de féliciter deux femmes uruguayennes, deux ex-guérilleras "tupamaras" elles aussi, à la tête du Sénat et à celle de la Chambre des représentants.

Uruguay, Salvador: deux pays que tout sépare, à l'exception de la langue espagnole. Amérique centrale; Amérique du sud. Capitalisme primaire basé sur l'agriculture; capitalisme de services (banque, assurance) et ruralité fondée sur l'élevage sélectif. Indianité e métissage culturel là-bas; exotisme néo-européen sur les rives du Rio de la Plata...

Mais dans chacun des deux pays, un même cheminement. De la révolte armée, avec ce qu'elle comportait de désespoir, de romantisme sanglant et de culte du sacrifice héroïque, on en est venu, après s'être incliné sur les disparus, à la banalité apparente de l'exercice du droit de vote. Passer du kalachnikov au maillet de président d'un hémicycle ne s'est pas fait en un jour. Le nouveau président de l'Uruguay comme son prédécesseur Tabaré Vazquez, ont subi la torture et connu les horreurs du pénitencier "Libertad". Libérés, ils ont eu du mal à accepter de passer à la pratique bourgeoise de la démocratie. Mais ensuite, il n'y a pas eu de demi-mesure. La victoire a été longue à venir, l'exercice du pouvoir implique des compromis et des négociations. Mais elle est légitime.
Les leçons des échecs ont été tirées. En 1970, au Chili, Salvador Allende avait voulu transformer son pays en utilisant la voie des urnes. Nous savons ce qu'il en advint. La révolution par les armes avait d'ailleurs échoué un peu partout. Le "Ché" était mort blessé et assassiné. Les militaires avaient, avec l'encouragement actif de Washington, pris le pouvoir un peu partout, asphyxiant les peuples de leurs serres de vieilles rapaces sans dignité et sans âme. Il n'y avait, pour la jeunesse généreuse, que la clandestinité et les armes pour faire face. Era el ùnico camino, chantaient-ils...
Ce fut le drame des années 70 et, pour l'Amérique centrale, des années 80.
Aujourd'hui, si le jour de gloire n'est pas arrivé, il reste que la région entière présente un autre visage. Par résignation ou par raison, on a fait le choix du vote citoyen. A El Salvador comme à Quito ou La Paz, à Brasilia comme à Montevideo. On sait que la victoire n'est pas assurée (Panama, Santiago). Mais dans tous les cas il reste de la place pour des lendemains qui chantent.

 

Antoine Blanca

 

N.B. Un lecteur (Igor, que je crois reconnaître), s'étonne de l'apparente contradiction entre l'engagement à gauche de Lula et de Dilma Rousseff et la conclusion, pendant le dernier mandat du premier, d'un accord parlementaire avec le PMDB de Sarney, que j'ai classé au centre-droit. Il faut rappeler que le Brésil est une fédération d'Etats et que seul le Chef de l'Etat est élu par tous les Brésiliens. Le Congrès est un puissant contre-pouvoir et le parti de Lula n'y dispose pas de la majorité absolue. Pour faire passer des lois, il faut négocier avec les autres. Sauf à faire un coup d'Etat. Le PMDB, une addition de caciques locaux, est apparu comme plus fiable des alliés et, surtout, comme le plus maniable. Quatre ans d'expérience ont démontré, à mes yeux, que Lula et le PT avaient fait le bon choix.

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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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