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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 23:15

Mon souvenir de l'été 1962 en Algérie est très précis et je ressens encore l'angoisse qui marqua ces quelques mois d'incertitude, de morts et d'espoir pour les Algériens, comme pour les Européens contraints par la fatalité, et par l'OAS, à un exil sans retour.

Le pays était sens dessus-dessous. Des willayas de l'ALN se faisaient une guerre sournoise qui allait parfois se transformer en guerre ouverte après la proclamation de l'indépendance. Le GPRA avait vite sombré avec son Président et ses ministres. L'ordre ne pouvait être rétabli, à l'évidence, que par une force disciplinée venue des frontières. On l'appelait willaya VI. Boumediène avait prévu cette situation, lui qui avait créé une véritable  armée moderne capable de tout contrôler. En août elle entra et remit de l'ordre partout. Il lui manquait seulement un "civil" au passé patriotique reconnu, ayant le soutien du monde arabe. Et surtout de Nasser. L'appelé fut Ahmed Ben Bella.

Certes, il n'était pas sur le terrain de l'action le 1er novembre 54, pas plus qu'au Congrès de la Soumam. Mais il avait milité dans l'OS (organisation secrète du PPA), pris part à un hold up révolutionnaire, connu la prison et réussi une évasion légendaire. Quand éclata l'insurrection armée, il se trouvait au Caire et mobilisait des fonds et des armes pour les maquis. En septembre 56 il faisait partie des prisonniers arrêtés par les services français qui avaient détourné un avion dans lequel voyageait l'élite du FLN. Outre Ben Bella, Khider, Boudiaf, Krim Belkacem, Aït Ahmed, Lachraf. De nouveau la prison. Jusqu'à la signature des accords d'Evian. Ce groupe d'élite ne tarda pas à éclater. Boumédiène choisit Ben Bella, ne pouvant accepter un Kabyle comme Aït Ahmed ou Krim (l'un et l'autre trop engagés dans le willayisme), et les autres manquant de prestige auprès des masses.

Boumédiène manipula Ben Bella à sa guise pendant près de trois ans. Trois années de gloire pour un président qui se voyait tantôt en Fidel, tantôt en Haroun al Rachid. Il reçut son dernier mentor, Nasser, pour un séjour interminable. Mais aussi Hassan II. En juin 65 l'ombrageux colonel, tout puissant ministre de la Défense, sortit de son apparente morosité, prit tout le pouvoir. Ben Bella retourna de nouveau en prison, à la fois dorée et secrète, tel un nouveau masque de fer. Même libéré, il n'en est jamais sorti. Quarante sept ans après le monde se souvient qu'il avait officiellement présidé son pays. Sous l'oeil vigilant de l'ANP. Laquelle n'a jamais cessé de régner, elle...

Antoine Blanca

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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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