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22 juillet 2012 7 22 /07 /juillet /2012 13:30

Le nouveau plan d'austérité mis en place par le gouvernement Rajoy a été jugé absurde et contre-productif par le Prix Nobel d'économie Paul Krugman. Ce dernier n'est pas le seul à faire connaître un tel sentiment, parfois mêlé de stupéfaction. Un plan qui coupe les ailes de l'éducation dans un pays où elle est déjà déficiente, liquide le budget de la recherche, désespère l'esprit d'initiative. Bref, des mesures destinées à satisfaire les politiques de Berlin et les financiers de Francfort. Lesquels se moquant pas mal de l'Espagne et des Espagnols. Ce sont de purs comptables sans coeur et sans âme. Normal pour des messieurs tiroir-caisse sans vision européenne, mais regrettable quand on prétend s'inscrire, comme Mme Merkel, dans l'espérance d'une Europe unie.

Le gouvernement de droite espagnol a rencontré davantage de compréhension de la part de la France socialiste, que de celle de ses frères d'armes conservateurs germaniques.

Certes la situation de la cigale espagnole d'hier a de quoi inquiéter ses partenaires. Les ménages, qui ont tout misé sur le 'droit' à devenir propriétaires de leur logement, s'enfoncent irrémédiablement, par centaines de milliers, dans le rouge. Les mauvaises nouvelles s'accumulent, qui viennent de toutes parts. La supposée riche Communauté valencienne* vient, dans les faits, de se déclarer en état de faillite (même si l'expression n'est pas juridiquement appopriée). Cela présage que d'autres vont suivre. La Generalitat de Catalunya** est déjà, elle aussi, sur le point de franchir le même mauvais pas. Un véritable film d'angoisse post-Buñuel.

La jeune démocratie espagnole n'avait pas connu de pareils mouvements de masse. Si les mesures d'économie avaient été équilibrées, elles auraient été majoritairement comprises. Dans la douleur bien entendu. Mais le plan supplementaire d'austérité, criminel, annoncé cette dernière semaine a été reçu comme une provocation. Tout le monde sait que l'Etat espagnol est bien structuré, qu'il est organisé pour faire raisonnablement rentrer l'impôt, qu'il a été aussi transparent que possible au regard des exigences de la Commission européenne. Bref, sans vouloir vexer personne, l'Espagne n'a pas le fonctionnement opaque de l'Etat grec. Or les Espagnols se sont vus encadrés comme on le fait, au collège, pour des élèves récalcitrants.

L'ampleur des manifestations est impressionnante. Mais, hormis des actions violentes isolées de groupes incontrôlés, la démonstration de force continue d'être pacifique. Pourquoi? Non parce que l'indignation, la colère, soient moindres, mais parce que l'on ignore sur quelle solution est susceptible de déboucher une véritable insurrection. Les Espagnols ont trop payé de leur liberté et de leur sang le prix de la véritable indignation. C'est cela qui empêche, pour l'heure, l'Espagne d'exploser.

Antoine Blanca

* La Communauté valencienne (provinces d'Alicante, de Castellon et de Valence), est dirigée depuis 12 ans par une droite représentative de la bourgeoisie enrichie par la demande du marché, les subventions européennes et l'expansion touristique. On l'accuse de gabegie, d'arrogance et, souvent, de corruption.

** La Generalitat, gouvernement très autonome de la Catalogne, est aujourd'hui dirigée par la droite nationaliste appuyée par la droite espagnoliste.

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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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