Jeudi 26 janvier 2012 4 26 /01 /Jan /2012 10:24

Le personnage ne laisse pas indifférent. A la tête d'une troupe hétéroclite que lui seul a pu, un long moment, souder, Chevènement a joué un rôle déterminant dans la renaissance du PS au Congrès d'Epinay, dans l'ancrage d'une politique fondée sur l'union de la gauche, dans la captation par le parti de François Mitterrand de ce que l'on nommerait aujourd'hui l'altermondialisme. Suivant sa philosophie affichée ("un ministre ça ferme sa gueule ou ça s'en va"), il a toujours fini par partir avant le terme de la course. Il avait davantage d'ambition que de souffle.

Ce n'était naturelllement pas son avis. Il avait même fini par se convaincre qu'il pouvait prétendre à la plus haute fonction de l'Etat. Il avait dès lors contribué à torpiller la candidature de Jospin (qui en avait pourtant fait un ministre de la Défense) avec cette affirmation curieuse: "je ne suis ni de gauche, ni de droite". De fait la campagne de 2002 aura été aussi son chant du cygne.

Cette fois, en 2012, il prétendait se présenter pour "faire bouger les lignes". Il quitte la course (cela lui est arrivé souvent dans sa vie politique), conscient d'être devenu un homme seul, et alors que certains de ses plus proches collaborateurs ont rejoint...Marine Le Pen.

Etudiant à Sciences Po, il était proche d'un mouvement "Patrie et Progrès", souverainiste, néo-gaulliste, vaguement tiers-mondiste, avec des soupirs bonapartistes...Quand il fonde le CERES (1), il rencontre Guy Mollet en pleine crise de reconversion FGDS. Le patron de la SFIO l'encourage. Cette période chaotique pour la reconstruction socialiste sera la plus porteuse pour le chévènementisme. La victoire de Mitterrand à Epinay, à une voix de majorité, sera due, en partie à la discipline quasi-bolchevique du groupe compact du CERES. Il ne découvrit son choix qu'au dernier moment. Mitterrand et la rupture avec le capitalisme.

La suite allait montrer un autre visage du groupe, celui de toutes les ambigüités, de toutes les équivoques. Sourdement anti-européen, favorable aux militaires gauchistes au Portugal (MFA), relations avec ETA en Espagne, avec le Bãas irakien de Saddam...On pouvait être déconcertés: mais le petit bloc tint bon jusqu'à la victoire du 10 mai 81. Au CERES, beaucoup prirent goût au pouvoir. Les reconversions à une prédication plus orthodoxe du socialisme furent nombreuses.

Sous le sigle du MRC, le groupe chevènementiste devint définitivement un électron libre. Les maigres troupes dispersées aux quatre vents, le chef, bien assis sur un siège de sénateur offert par le PS, tire sa révérence, sans doute pour toujours. On dit qu'il tombera à gauche, trouvant des vertus secrètes à Mélenchon. C'est désormais son problème.

Antoine Blanca

1-- CERES: Centre d'études et de recherche socialiste.

MRC: Mouvement républicain et citoyen

 

Par Antoine Blanca
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