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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 18:11

Pendant 20 ans, après le départ de Pinochet pour cause de référendum perdu, la gauche réformiste (PS, PPD, radicaux) avait fait le choix de la prudence: elle avait formé une 'Concertation' avec la traditionnelle Démocratie Chrétienne. Jusqu'à la victoire de la droite à la dernière présidentielle, elle avait fait élire en alternance présidents de gauche et centristes. Consolidation des institutions démocratiques prioritaire. Sans toucher aux fondements économiques et sociaux mis en place par la dictature. La victoire du conservateur Piñera il y aura bientôt quatre ans a changé la donne. Les classes moyennes ont rejoint les travailleurs aux côtés des collégiens, lycéens et étudiants dans la rue. Pendant de longs mois. Tous ont dit leur ras le bol d'un système outrageusement anti-égalitaire. Autrement dit: tous ont perdu la peur. Cette libération est d'autant plus sensible que Washington n'a plus les yeux braqués sur la région. L'heure de vérité sonnera avec les prochains scrutins.

A gauche l'ancienne présidente Michelle Bachelet est favorite. Pour gagner la primaire ouverte du 30 juin. Puis pour emporter la présidentielle. On s'attendait à ce que le PC présente comme toujours son propre candidat. Ce ne sera pas le cas. Après 10 heures de débats passionnés, le Comité Central a décidé de participer à la 'primaire' et d'apporter immédiatement un soutien sans équivoque à Michelle Bachelet. Les communistes se disent certains de la victoire de la socialiste qu'ils appuieront, naturellement, à l'élection présidentielle.

Même si la PC n'est plus ce qu'il a été jusqu'en 73, il contrôle  majoritairement la CUT (Centrale Unitaire des Travailleurs), jouit d'un prestige certain chez lycéens et étudiants, demeure respecté chez les intellectuels de gauche qui n'oublient pas que Pablo Neruda était aussi un leader communiste. C'est aujourd'hui le seul parti communiste bien structuré en Amérique latine en dehors du cubain. Pour décider d'appuyer, dès les primaires, Michelle Bachelet, le PCCh a dû parcourir un long chemin. Son chef, Guillermo Teillier a été obligé de mettre en jeu tout son prestige de chef de guerre de la lutte claandestine. Il dirigeait le Front populaire Manuel Rodriguez qui organisa (et fut sur le point de réussir), l'attentat contre Pinochet.
Aujourd'hui il a convaincu les siens que seule la voie réformiste fera avancer les choses. Michelle Bachelet avait quitté sa fonction (la réélection immédiate est impossible), avec une popularité de 80%. Elle est bien décidée à mener des réformes profondes dans l'éducation, la législation du travail, l'agriculture. Le PC pourrait revenir dans la société démocratique officielle la tête haute. Peut-être même occuper des postes ministériels.
Cela marque la fin de la 'Concertation'. Le candidat démocrate-chrétien à la primaire, Claudio Orrego, en a pris acte avec amertume. Même s'il n'est pas exclu de voir les centristes conclure, pour leur part, un accord de gouvernement avec PS, PPD et Radicaux. Accord qui ne pourrait pas laisser le PC sur le bord du chemin.

L'événement est considérable. Au niveau international il est à craindre qu'il ne faille mettre le PC français dans un musée d'antiquités. Avec le cache-nez rouge de Mélenchon derrière une vitrine.

 

Antoine Blanca

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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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