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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 18:03

Si, comme on peut raisonnablement le prévoir, Michelle Bachelet est réelue, en novembre prochain, à la présidence du Chili, la démocratie sociale qu'elle incarne trouvera enfin le second souffle, devenu vital après quatre années de gouvernement conservateur*. Sebastian Piñera était parvenu à ramener la droite au pouvoir. Moins du fait de ses vertus propres que de la lassitude des électeurs  vis-à-vis de la 'Concertation'. Celle-ci avait gagné toutes les élections de l'après pinochétisme, installant au Palais de La Moneda, siège de la présidence, des démocrates-chrétiens ou des socialistes réformateurs.

C'était regardé, au début des années 90, comme la voie de la raison. L'idée avait prévalu que bien de malheurs auraient été évités au pays si le centre, essentiellement la D.C. et la gauche, ne s'étaient pas combattus sans pitié. Dix sept ans de dictature militaire féroce avaient profondément traumatisé le pays. L'idée de la 'Concertation' s'était imposée. Vingt-quatre ans de stabilité démocratique avaient cependant fini par user jusqu'à la corde une alliance fragile, quelque peu artificielle. En 2009 une partie de la gauche avait refusé de voter de nouveau pour un démocrate chrétien, en l'occurrence Eduardo Frei jr., dont le père, et lui-même, avaient déjà été présidents.

La droite avait mis à profit ce début de divorce. Michelle Bachelet avait quitté le pouvoir sous les acclamations des citoyens: elle bénéficiait d'une popularité record. Un sacré bout de bonne femme qui avait su allier fermeté sur les principes et sourire attentif du médecin pour son patient. Bien que fidèle à ses convictions, elle apparaissait comme représentant une gauche différente, renvoyait une image moins conforme à l'idée que se faisaient les Chiliens de la politique traditionnelle.

Le 30 juin, elle affrontera trois autres pré-candidats de gauche dans une primaire qui ne devrait pas nous réserver de surprise. L'élection elle-même aura lieu en novembre et l'élu(e) prendra officiellement ses fonctions en mars 2014. Michelle Bachelet présidente devra s'attaquer à la survivance du régime de Pinochet en matière économique et sociale. Car la dictature n'avait pas seulement liquidé les libertés démocratiques. Adepte de l'hyper libéralisme à la Thatcher et à la Reagan, elle avait détruit tout le système de protection et de promotion sociale. Non seulement celui hérité de l'Unité populaire, mais encore celui organisé par les majorités précédentes. La loi de l'argent prévalait, seule, dans l'enseignement comme dans l'économie. Personne n'avait osé s'attaquer à cette réalité de profonde injustice. Lycéens et étudiants, soutenus par leurs familles, s'étaient, eux, chargés par de manifestations imposantes, longuement étalées dans le temps, de rappeler à tout le monde que l'heure du changement était arrivée. Michelle Bachelet a bien compris ce puissant message. Une certaine forme de peur diffuse ne retiendra plus le bras de la démocratie triomphante.

 

Antoine Blanca

 

* La Constitution chilienne interdit la réélection immédiate. Elle impose à un ancienChef de l'Etat de laisser passer un mandat avant d'être autorisé à se représenter.


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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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