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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 16:11

Le président colombien Alvaro Uribe vient d'être renvoyé à la case départ par les juges constitutionnels de son pays. Pas de troisième mandat pour ce politicien inclassable qui était déjà parvenu à faire modifier la loi pour pouvoir se faire réélire.
Ce type de situation est propre des vieilles démocraties, celles qui sont bien enracinées: des magistrats faisant barrage à l'ambition débordante d'un homme d'Etat au sommet de sa puissance. D'autant que l'intéressé, qui devra ainsi abandonner ses fonctions le 3 août prochain, a fait savoir aussitôt qu'il s'inclinait devant cette décision inappelable.
Apparence: tout va pour le mieux dans la plus démocratique des Colombies. 
Réalité: la normalité institutionnelle ne parvient pas à masquer la persistance du mal qui ronge ce bel et grand pays depuis, pratiquement, son indépendance. 
La violence.
Pendant des décennies elle a pris la forme de guerre civile, celle qui a opposé libéraux et conservateurs. Elle a laissé des traces profondes dans les campagnes, les villes et les villages. Aujourd'hui les deux partis ont fait la paix et ont même, un moment, gouverné ensemble.
Mais on n'a jamais réglé, en revanche, la répercussion tragique que la guerre froide a eue dans ces contrées lointaines bien éloignées pourtant du théâtre des opérations. Dès 1948 le communisme, mieux installé que ne le laissaient supposer ses résultats électoraux, fut déclaré illégal. Le PC s'organisa aussitôt dans la clandestinité et monta des maquis.
Les FARC en sont la survivance (1).
Mais le véritable drame, aujourd'hui, ne doit pas être recherché dans les combats idéologique. Le cancer envahissant qui ronge la Colombie est la production et le trafic, à grande échelle, de stupéfiants. Rares sont les parlementaires, les fonctionnaires, grands et petits (policiers inclus), qui restent insensibles aux "contributions" des "cartels" à leurs oeuvres caritatives. Ancien maire de Medellin, Alvaro Uribe en sait, dit-on, quelque chose...
Ce dernier doit sa popularité, qui demeure encore appréciable, à son combat, affiché comme impitoyable, contre l'insécurité. Mais il a amnistié et fait libérer des milliers de tueurs des milices paramilitaires et encouragé les tensions frontalières avec ses voisins.
Les juges suprêmes ont eu, estimons-nous, raison de freiner la carrière d'un homme, encore jeune, qui rêvait d'une sorte de CDI au pouvoir. "Je voulais simplement parachever mon oeuvre". C'est là un prétexte qui, lui aussi, est renouvelable à l'infini.

Antoine Blanca

(1) A la fin des années 70 les communistes acceptèrent d'abandonner la lutte armée et de participer au débat électoral. Ils fondèrent l'Union patriotique. Mais l'espace d'un seul trimestre huit cent militants furent assassinés par des hommes de main. Les survivants repartirent au maquis.
 

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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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