Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 10:47

Dans le courrier des lecteurs du grand quotidien madrilène El Pais, j'ai noté des réactions intéressantes de citoyens qui comparaient l'Espagne et la France, Rajoy et Hollande. En synthèse ils opposaient frontalement les choix du conservantisme le plus obtus à ceux, éclairés et justes à leurs yeux, du pouvoir démocrate socialiste en France. C'est en effet à l'étranger que l'on est le plus à même d'apprécier la portée politique et le sérieux économique des 100 premiers jours de la gauche à l'Elysée et à Matignon. Et de mesurer, en contre-point, l'étendue du désespoir de la majorité des Espagnols auxquels aucune perspective n'est ouverte. "Au moins vous, en France, pouvez espérer des jours meilleurs. Nous, au contraire, sommes assurés, chaque matin, que les choses iront de plus en plus mal et que les solutions proposées pour affronter la crise seront toujours plus injustes!"

Il est vrai cependant qu'un estivant européen sur la côte méditerranéenne peut repartir, les vacances finies, avec un sentiment beaucoup plus mitigé. Un consommateur de soleil, de 'tapas' et de loisirs peut se contenter de son quotidien de petits bonheurs accumulés. Surtout s'il ne lit pas les journaux et n'a aucune intimité avec des citoyens ordinaires. Les Espagnols ne sont pas enclins à s'apitoyer sur leur sort devant des étrangers auxquels ne leur lie aucune relation personnelle. Moi, je suis, sur ce point, très avantagé. J'ai des parents et des amis proches dans le pays. Et je peux affirmer, à mon retour de la péninsule, que le pire, là-bas, est seulement à venir.

Quelques exemples simples qui justifient mon inquiétude: les autorités calculent que le taux de chômage devrait atteindre 30% au milieu de l'année prochaine ( 52% pour les jeunes moins de 25 ans); 70% des propriétaires de logements (les Espagnols sont, dans leur grande majorité, propriétaires de leur appart') ne pourront pas faire face à leur remboursement mensuel et 3 Caisses d'Epargne sur 4 ont dû renoncer à leur tentative de survivre; les licenciements secs ne sont pas limités au salariat du secteur privé. Ainsi un fonctionnaire d'Etat sur cinq et 2 sur 5 dans les administrations territoriales s'attendent à être limogés avant la fin de l'année*; l'accès aux soins hospitaliers est interdit aux travailleurs non déclarés (sauf dans des cas extrêmes); l'allocation pour études est rabotée et celle concernant le logement des étudiants va être supprimée pour ceux ayant des parents en position de les loger...En résumé, chacun est ( ou va être) frappé au coeur par la crise. Seuls les très privilégiés s'en sortiront. D'ailleurs aucune restriction nouvelle ne les vise. C'est même presque caricatural!

C'est la première fois que j'ai rencontré tant de proches, amis et  parents, littéralement en état de choc. Hésitant encore entre résignation et révolte.

Antoine Blanca

* Naturellement toutes les primes ont été supprimées et les traitements diminués de 10 à 20%. Nous sommes en droit de nous demander: comment l'économie, dans ces conditions, pourrait un jour repartir...

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
  • Contact

Recherche

Liens