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29 janvier 2010 5 29 /01 /janvier /2010 11:17
Chaque année à Davos, en marge des travaux du colloque, le président de l'Association universelle des Banque d'affaires (AUBA) offre à ses membres un dîner de gala. Cravate noire et robe longue. Les épouses (ou faisant office de) y sont cordialement invitées.
Les limousines livrent leur brillante cargaison, par petits paquets rutilants, à l'entrée de l'Hôtel du Minaret (cinq étoiles), propriété d'un membre de la famille princière du Koweit. Les convives sont accueillis par le Directeur général de l'établissement et par un ensemble de concertistes viennois. A la porte du grand salon des banquets, le président de l'AUBA, Mr. Stetson Littlemoney et madame, auréolée d'un diadème en diamants du Kivu, d'un goût exquis, saluent à leur tour les convives.
En dépit des apparences, l'atmosphère est détendue. On se trouve un peu en vacances, que diable! Oublions un moment les conseils d'administration et les jetons de présence qui les accompagnent.
Le service est impressionnant. Un ballet de majordomes bien réglé sert un dîner composé de mets spécialement venus par vol spécial du Bristol de Paris. Après les entrées et les vins du Rhin, les rires se font plus nombreux, parfois même un peu fous.
C'est alors que Mr. Littlemoney monte sur une petite tribune, un technicien vérifie le bon fonctionnement du micro, une secrétaire, splendide de beauté et d'efficacité, est déjà là avec les notes de l'allocution. Quelques assistants font tinter leurs verres de cristal de Bohème à l'aide de leur petite cuillère, pour inviter au silence.

Littlemoney, un quinquagenère de belle prestance, a choisi de faire dans la conviavilité de bon aloi, le ton est davantage à la réunion d'anciens élèves de grande école qu'à la gravité caractérisant les conclaves de milliardaires. Il sait que les menaces en demi-teinte lâchées la veille par Sarkozy visant les prétendus excès du capitalisme, dans son discours d'ouverture, n'ont pas été prises au sérieux; "il est des nôtres, mais il est en campagne, il faut le comprendre", entend-on dire ici et là.
Littlemoney n'y fait même pas allusion. Sa propre banque vient d'annoncer des dividendes imposants et de promettre des bonus d'un montant historique. L'inquiétude n'est pas de mise.
L'allocution se termine et les serveurs se tiennent prêts à servir les viandes, les sommeliers, un grand Châteauneuf-du-Pape.

Alors le président de l'AUBA fait une dernière pause destinée à attirer l'attention de tous.
"A présent, dit-il, le moment est venu de penser aux pauvres". Un ange s'attarde au-dessus du vaste salon, une légère inquiétude se fait sentir. Haïti? Bengladesh? Laos? On a déjà donné...
Mais Littlemoney invite l'assistance à se lever, coupe de Dom Pérignon levée très haut.
Et il s'écrie, haut et fort:
VIVE LES PAUVRES!!!
On repose les coupes et on applaudit très longuement. Rien ne viendra donc gâcher la joie de cette belle soirée.

Littlemoney rejoint sa femme, qui lui dépose un baiser léger sur la joue, et ses compagnons et compagnes de table. Tout le monde se rasseoit. Le premier maître d'hôtel fait un signe. Le ballet des serveurs reprend.
Le dîner peut continuer. 


Antoine Blanca

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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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