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7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 09:28

Le style de communication utilisé par WikiLeaks se heurte à la culture de tous les diplomates du monde. Celle du Quai d'Orsay naturellement, aussi. Un Ambassadeur (il lui appartient de viser et signer tous les télégrammes diplomatiques (TD) qui partent du poste dont il est censé être le maître sans partage) doit pouvoir communiquer avec son Ministre avec une totale confiance dans la fiabilité des TD dûment chiffrés. Sans doute sa vigilance est plus fortement attirée par le classement ("secret, très sécret, confidentiel défense...") proposé par l'auteur du texte. Les documents politiques les plus délicats ont pour rédacteur direct le chef de poste lui-même; ou son premier collaborateur.

Jusqu'à présent tout ce qu'a diffusé WikiLeaks provient exclusivement de source nord américaine, principalement de ses ambassades. Je ne vois pas de vrais télégrammes d'instructions émanant du haut niveau du Département d'Etat, ni même de demandes d'informations précises sur les conséquences qu'auraient telle démarche ou telle action que viendrait à entreprendre leur  gouvernement au niveau civil ou militaire.

Par exemple on fait état d'une sollicitation royale saoudie relative à l'Iran ("il faut couper la tête du serpent"), mais il n'y a, au sujet de ce dernier pays rien, aucun signe de réaction du Département d'Etat. En la matière on ne travaillle pourtant jamais sur la base du chuchotement, aussi royal et pétrolier fut-il.

En résumé les hommes et les femmes du Quai d'Orsay ont accueilli , l'effet de surprise passé, l'événement avec une froideur parfois amusée: rien n'émanait de leur propre "maison" et leur virginité collective n'a pas été même effleurée. En outre rien, non plus, n'émanait du Secrétaire d'Etat américain lui (elle) même. Autrement qu'en sa qualité de destinataire. Les Ambassades nord-américaines ont simplement accompli leur travail d'information et d'analyse, de colportage de rumeurs jugées dignes de quelque intérêt. Le tout releve davantage du "bulletin diplomatique confidentiel" que vendent certaines officines à des abonnés fortunés, que du grand vrai scoop politique.

"Much ado about noting" est-on tenté d'écrire.

Bref, on déteste chez nous la méthode et le message déstabilisateur de WikiLeaks, mais il n'y pas d'alarme majeure. Un peu de déception tout de même: nous n'avons rien appris sinon quelques potins sans relief.


Antoine Blanca



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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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