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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 13:04

Ramòn CHAO

L’odyssée du Winnipeg (roman)

Buchet et Chastel, éditeurs (département Meta Editions)

Paris (2010 pour l’édition française)

 

Nous pourrions penser, à juste titre, qu’il s’agit là d’un récit romancé de la traversée historique d’un vieux rafiot, le Winnipeg, qui parvint à conduire de Bordeaux au port chilien de Valparaiso, un chargement fort inhabituel : 2600 républicains espagnols. C’était en septembre 1939 et les combattants vaincus, parfois accompagnés d’une partie de leur famille, pouvaient ainsi échapper à la précarité extrême des camps pour réfugiés en France…Et pour certains d’entre eux réaliser leur rêve américain.

Peut-être se doutaient-ils aussi qu’ils allaient échapper aux horreurs d’une nouvelle guerre, mondiale celle-là. De fait, elle était déjà là…

Oui, le titre français(1) suggère clairement que l’auteur, toujours bien informé et abondamment documenté, a organisé son livre autour de cette aventure maritime peu commune. Presque une légende.

Mais en fait mon ami Ramòn s’est voulu beaucoup plus ambitieux. Une grande partie de l’ouvrage, en effet, est une authentique nouvelle picaresque, digne émule du Lazarillo de Tormes, le premier chef d’œuvre du genre au XVIIe siècle. Mais au lieu de se situer en Castille, au cœur de la misère de l’Age d’Or (ce qualificatif ne brillait alors que pour une infime minorité d’Espagnols) il a  un galicien pour héros (Luis Gontan, dit kilowatt en référence à son expertise dans le maniement des fils électriques et téléphoniques). Le pauvre garçon, jeté dans la guerre par les hasards de la vie, va nous raconter ses combats, sa guérilla, ses amours improbables avec une petite nonne égarée, ses promotions militaires et ses dégradations successives, de Guadalajara à l’Ebre, de Barcelone…   jusqu’aux misères de la retirada des soldats et civils vaincus..

Mais au moment où l’on s’y attend le moins, le picaresque cède la place à l’histoire politique et diplomatique avec ses scènes pathétiques ou grotesques, aux drames internes des gouvernements successifs de Front populaire, à la vraie naissance du PC espagnol à l’ombre de Moscou…et du prestige de la Pasionaria. Et, pourquoi pas, dans les arcanes secrètes du PCF de Thorez, dans le bureau de Staline à qui le Président Juan Negrin confie la quasi-totalité des réserves d’or de l’Espagne. Contre des armes. Qui arriveront rarement à bon port. Et toujours trop tard.

Lisez le livre ! Ce n’est pas la guerre d’Espagne avec ses chants, son romantisme héroïque et révolutionnaire, la communion du peuple avec ses soldats. Pas seulement du moins. Car c’est aussi la vie et la mort qui va et qui vient, la merde mêlé au sang  des  tranchées, des offensives spontanées de héros anonymes à la lâcheté incontrôlable sous les bombes de l'aviation hitlérienne.

. Avec le sourire picaresque en prime.

 

Un bouquin à mettre entre toutes les mains…de gauche.

 

(1) Le titre en Espagnol aurait pu être traduit par: "espiégleries de Luis Gontan"

 

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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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