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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 16:22

Le mois prochain il aurait eu cent ans. Sàbato paraissait promis à l'éternité. Si la mort l'a rattrappé, c'est parce qu'il était fatigué de vivre. Son épouse Matilde est partie depuis longtemps déjà, non sans avoir fait un pesant détour par la maladie d'Alzhéimer. Son fils Jorge, qui fut ministre de l'Education de Raùl Alfonsin, s'est tué sur la route des plages du sud. Jorge avait ainsi été prénommé pour honorer l'aîné des Sàbato, un scientifique mondialement connu, spécialiste de physique nucléaire.

Quand on vit très vieux, on doit résister à la douleur causée par la disparition des autres. A 99 ans il dû estimer que le temps était venu pour lui de tourner la page: il manquait trop d'êtres aimés autour de la table d'anniversaire.

Ernesto vivait dans le quartier très porteño de Santos Lugares ("saints lieux"), éloigné du centre de la capitale. Une maison avec cour, jardin d'hiver et une sorte de grange où l'écrivain peignait des tableaux aussi sombres que sa vision des choses et du monde. Il était devenu presque aveugle et nous étions quelques uns à nous étonner en silence:"pourquoi commencer une carrière de peintre à 75 ans?"

De l'humaniste courageux je retiens sa détermination d'aller jusqu'au bout du jugement contre les militaires de la dictature. "Nunca màs" , (plus jamais) était le titre sous lequel étaient résumés les documents qui allaient faire condamner généraux et amiraux coupables de dizaines de milliers d'assassinats et de disparitions tout aussi définitives. Sàbato avait été le président rigoureux et impitoyabole de la Commission pour la Vérité mise en place par le gouvernement Alfonsin. Un Nuremberg argentin qui est resté unique, hélas,  en Amérique latine.


De l'écrivain, je retiendrai deux choses:

-- sa volonté de préserver l'argentinité de son espagnol. Il avait refusé de devenir Académicien de la Langue, parce qu'il considérait que son pays avait donné au monde une manière d'écrire et de parler qui lui était propre. "Si l'Espagnol est un apport essentiel, comment oublier les apports italien, sarde, sicilien, gênois ou encore galicien, à ce que je ne crains pas d'appeler langue argentine".

C'est pourtant l'Espagne qui lui a donné le plus de Prix littéraires et... de lecteurs.

 

-- Son appréhension à écrire des romans. "Vous ne pouvez imaginer combien chaque ligne me fait souffrir", m'avait-il confié. C'est la raison pour laquelle son oeuvre demeure limitée en nombre.

 

Je me souviendrai toujours des après-midi de dimanche quand il recevait para merendar (pour goûter) quelques amis intimes dans son jardin d'hiver. En parlant, en questionnant ses visiteurs, sur les sujets les plus divers, il s'animait, paraissait rajeunir.
Le secret, peut-être, de sa longévité.

 

Antoine Blanca

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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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