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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 11:56

Je reviens de Madrid. A vrai dire les conversations de dernier week-end, dans les bars, sur les terrasses de la Plaza Santa Ana baignée par un éblouissant soleil printanier, dans les repas de familles ou les rassemblements, devenus hélas traditionnels, de centaines de jeunes buvant debout, sur les trottoirs, des boissons alcoolisées , bouteille à la main, ces conversations, disais-je, avaient pour sujet unique la rencontre, au Stade Santiago Bernabeu, des deux équipes reines du foot espagnol: le Real et le Barça.

Mais, comme toujours, il y avait une "autre Espagne", celle qui, sans pouvoir ignorer la dimension extraordinaire de l'événement sportif, manifestait avec passion deux autres type de préoccupation:


1-- Les républicains, tant des jeunes que des vétérans nostalgiques, ne voulaient pas laisser passer l'anniversaire de la proclamation de la IIe République le 14 avril (1931). Ainsi s'apprêtent-ils à multiplier mercredi, sur tout le territoire, les manifestations commémoratives. Et vérifient, dans la fièvre, le nombre et la qualité de leurs drapeaux tricolores (violet, jaune, rouge). Le drapeau autour duquel des millions d'Espagnols s'embrassaient il y a 79 ans, et au nom duquel les soldats de la Liberté se battirent avec héroïsme pendant la guerre civile.

 

2--Les hommes politiques qui se demandent quelles conséquences auront les procès pour corruption massive et directe qui mettent en cause, de la région à la grande ville, des sociétés d'économie mixte aux parlementaires, la quasi-totalité, des dirigeants du PP. Si le trésorier du Parti populaire vient de se voir contraint de démissionner, il demeure que les autres hauts responsables demeurent, eux, impavides face à l'accumulation des délits. Aussi se demande-t-on de plus en plus fort, si le silence de leur président Rajoy, chef  unique de la droite, n'est pas le résultat d'un chantage auquel il serait soumis...Tenu, disons-le, lui aussi par sa barbichette...


Pour des raisons bien différentes les deux grands partis vivent donc dans l'angoisse permanente.


a) Les socialistes parce qu'ils ne veulent pas se voir déborder par des porteurs de drapeaux républicains et de pancartes appelant à la proclamation de la République.

Non seulement parce que le comportement du Roi est irréprochable du point de vue démocratique, mais aussi parce que le gouvernement Zapatero estime que le drapeau bicolore, avec les armoiries bourbonniennes traditionnelles, ont été adoptés solennellment par la Constitution de 1977.

Un proche du chef du gouvernement me l'a dit avec une certaine irritation; "on ne change pas de drapeau plusieurs fois par siècle dans un grand pays. Le drapeau républicain n'a été celui de l'Espagne que pendant huit ans, le drapeau actuel l'a, lui, été pendant des siècles. Ne nous abandonnons pas au sentimentalisme facile". Et cet ami d'ajouter:" Nos vrais problèmes sont ailleurs. L'obligation à laquelle nous sommes contraints, par exemple, de devoir  négocier, à l'occasion de chaque vote important, une majorité avec les autonomistes catalans, basques ou galiciens, qui demandent toujours davantage pour prix de leur bonne volonté. 

"Et surtout la crise menace notre stabilité monétaire. Nous nous devons d'être vigilants à tout moment. Pas de répit pour un gouvernement obligé de composer, faute de posséder sa propre majorité parlementaire.


b) le parti conservateur (PP), soutenu par l'Eglise et la grande bougeoisie, se demande si l'ampleur du scandale de corruption qui le frappe à tous les étages, ne va pas finir par frapper son électorat.

Pas de crainte pour l'instant: tous les sondages continuent de donner la droite gagnante en cas d'élections anticipées. Comme si les citoyens conservateurs considéraient la corruption, quand elle provient de leurs rangs, comme un délit mineur...

                                       **********************

Voilà en quelques mots décrite l'ambiance dans la capitale espagnole, telle que je viens de la trouver. Rien de réjouissant en dépit d'un beau soleil.

D'autant moins réjouissant que le Tribunal Suprême a décidé de traduire en justice le juge Baltasar Garzòn pour le crime de...vouloir déterrer les 137000 civils républicains enterrés dans des fosses communes, sur les bas-côtés des routes de Castille, d'Extremadoure et de Galice, dans les territoires conquis sans coup férir par les factieux militaires et phalngistes. Massacres perpétrés de sang froid sans qu'un coup de feu fût tiré par ces paisibles militants ou sypathisants de gauche.

Une partie de la Justice, au plus haut niveau hiérarchique, n'a pas changé de mentalité depuis la fin officielle du franquisme et de son chef.

 

L'heure, pour les démocrates, devrait être à la cohésion et au sens des resposabilités. Pas aux élans romantiques qui peuvent être facilement manipulés. Car c'est de la faïence que l'on a entre les mains.

 

Antoine Blanca

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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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