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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 10:06

Chaque année, la période consacrée au Tour de France conduit mes pensées en Algérie. Etrange, pensez-vous? Deux mots donc d'explication: dans l'Algérie profonde de mon enfance, celle des hauts plateaux du Sud, ma relation avec ce que l'on appelait alors "France métropolitaine" se limitait à ma vie scolaire (histoire et géographie, la bataille d'Alésia et les merveilles du Val de Loire...), à ma vie sociale par effraction (récits de voyage d'amis de la famille qui avaient eu la chance de traverser la Méditterranée) et ...les trois semaines du Tour de France.

C'était l'été, bien entendu, lequel commençait à Boghari à la fin du mois de mai. En juillet la chaleur sèche dépassait, l'après-midi, toujours les 40° jusqu'à l'arrivée de la brise maritime venue  du Nord, vers six heures du soir. Tôt le matin, tous les volets étaient fermés. On allait vivre et travailler dans la pénombre. On faisait, dès l'aube, des provisions d'eau (le service public la coupait dans la journée). Seul monsieur l'Administrateur de la "Commune mixte" (sorte de sous-préfet colonial), disposait d'un réfrigérateur et de l'air conditionné. Nous louions alors un appartement dans un immeuble sans étage, partagé avec une demi-douzaine d'autres familles, un ancien caravansérail, avec une vaste cour centrale mal pavée. C'est là que, vers 14h, dès que nous entendions les premiers ronflements annonciateurs de la sieste parentale, nous nous mettions à l'écoute de Georges Briquet, maître radiophonique incontesté du Tour.

En sa compagnie nous visitions notre pays. Ses beautés nous faisaient rêver autant que les exploits des frères Lazaridès, de Jean Robic, de Louison Bobet, de Gino Bartali et de Fausto Coppi. Mon complice et voisin s'appelait Gino, comme Bartali. Son père, un maçon, était un émigré économique italien, comme j'étais fils de réfugié politique espagnol. Tous deux nous sentions pourtant fiers des splendeurs imaginées de nos montagnes et de nos vallées, de nos châteaux et de nos fleuves, de notre histoire forcémment glorieuse. Nous avions appris par coeur les noms de nos départements et de leurs chefs lieux. Mais on ne nous avait rien enseigné du pays que nous habitions vraiment, l'Algérie qui était notre monde réel, quotidien.

Elle était pourtant bien là, et nous en étions imprégnés en profondeur. Les communautés, surtout dans les villages et les bourgs, ne faisaient pas que se côtoyer: elles finissaient par se connaître et, parfois, par entrer dans l'intimité les unes des autres. Sans vraiment se mélanger, hélas. Aujourd'hui, en France, les pieds-noirs encore debout sont en manque de l'Algérie perdue, mais aussi, secrètement, des Algériens avec lesquels ils ont partagé leur vie. Et ces derniers aussi ont enrichi  leur héritage de celui "du temps de la France". Même si la majorité d'entre eux n'ont pas connu cette longue parenthèse de leur histoire, ils ne se sentent pas moins pénétrés, en profondeur, par un besoin de relation spéciale avec la France et les Français.

Il y a quelques jours une grève d'Air Algérie a retenu à Orly des milliers d'Algériens. Ils s'étaient préparés depuis longtemps à des retrouvailles estivales avec leur famille restée au Bled. Et voilà qu'ils se trouvaient bloqués avec leurs excès de bagages et de cadeaux. La manifestation de leur ras-le-bol croissant, fidélement illustrée à la télé, était typiquement française. L'administration de la Compagnie nationale, les fonctionnaires, le gouvernement, le Président Bouteflika lui-même en prenaient pour leur grade.

Oui, nous nous ressemblons. Nous sommes faits pour vivre davantage ensemble, débarrassés des entraves et des réticences d'autrefois.

Antoine Blanca

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  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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