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25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 14:26

C'est à peine si l'on paraît s'en souvenir. Un peu comme si la démocratie au Portugal était chose aussi naturelle que le parlementarisme au Royaume Uni. Pourtant, si son accouchement s'est fait sans douleur un certain 25 avril 1974, si les jeunes officiers qui le provoquèrent souriaient à la nouvelle vie, si le défilé des  tanks, avec des oeillets dans la bouche des canons, rappelait l'entrée dans Paris de la division Leclerc avec la même indescriptible liesse populaire, nous ne devons pas oublier le demi-siècle de salazarisme, de national-catholicisme, de répression aux mains d'une soeur aînée de la gestapo ( la PIDE), qui terrorisait ouvriers des villes et des campagnes, intellectuels et journalistes libres. Comme on ne doit pas passer sous silence plus de vingt ans de guerres coloniales en Afrique: ce furent justement des militaires chargés de la répression des mouvements indépendantistes qui décidèrent de rompre avec le système. Leur intervention s'avéra déterminante.

Notre propos aujourd'hui n'est pas d'analyser les événements qui suivirent et permirent, dans la douleur mais sans mort d'homme, de trouver les marques de la nouvelle démocratie. Il s'agit simplement de porter un hâtif témoignage sur l'action, menée dans la clandestinité et en exil, par les partis de la gauche traditionnelle.

Depuis ma première jeunesse j'étais en relation avec tous ceux et celles qui s'étaient organisés, dans les pays latins d'Europe et des Amériques, pour lutter contre toutes les formes de fascisme et d'impérialisme. C'est ainsi que je connaissais bien le groupe de  socialistes portugais qui s'étaient donnés pour chef Mario Soares. Ce dernier était lui-même arrivé à Paris, à la fin des années soixante, après avoir connu les prisons et le bannissement au Cap-Vert.

Je connaissais aussi des communistes et leur leader au regard puissant, Alvaro Cunhal.

Or, six semaines avant les événements historiques d'avril, il me fut demandé d'organiser, matériellement s'entend, une réunion au sommet entre socialistes et communistes portugais. Il fallait un lieu  à Pais, sûr et étanche, à l'abri de tous les regards. Et surtout  de ceux des médias et des agents parisiens de la PIDE (aucune relation bien entendu entre ces deux mondes). Le confort importait peu.
La réunion eut bien lieu et dura deux jours et demi. Il se trouvait que j'avais les clés du siège de la "Gauche européenne", 10 boulevard Poissonnière, qui venait de vider les lieux. Quelques chaises et deux tables pliantes de camping. Un petiit réfrigérateur plein de boissons rafraîchissantes et de maigres victuailles, des verres en plastic.

Nul n'a jamais découvert  ce qui fut décidé entre Mario et Alvaro (accompagnés chacun de deux liutenants) au cours de ce conclave. Et je n'ai jamais tenté de le découvrir.

Simplement, quand le 25 avril arriva, je fus un peu moins surpris que les autres. Mais dès lors la cause portugaise comptait des amis innombrables. Et on n'eut plus tellement besoin de recourir à ma complicité amicale.


Antoine Blanca


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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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