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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 11:39

On a beaucoup invoqué la "doctrine de Monroe" à propos de chacune des interventions, militaires ou politiques, des Etats-Unis dans les affaires des républiques indépendantes du reste des Amériques. Elles ont été recurrentes et n'ont jamais vraiment cessé, même si, avec la fin de la guerre froide, elles ont baissé en intensité.

La vérité historique mérite d'être rappelée pour corriger une utilisation, hors contexte, du discours du président James Monroe, devant le Congrès US en 1823, à la fin de son deuxième mandat. Le premier magistrat de la jeune république fédérale n'avait pas alors souhaité définir une stratégie continentale: il situait son intervention comme un rappel des fondements du discours d'adieu de George Washington en 1796. Et s'adressait directement aux Européens et à leurs tentations colonisatrices. Trois points méritent d'être soulignés: 1- le continent américain ne tolérera aucune tentative de retour des puissances d'Europe. 2- toute intervention militaire dans la région serait considérée comme un geste inamical contre les Etats-Unis. 3- Les Etats-Unis s'engageaient en contre-partie à ne jamais intervenir dans les affaires européennes.

On ne commença d'ailleurs à parler de "doctrine de Monroe" qu'en 1852, près de trente ans plus tard...Le Président avait, en vérité, adressé une mise en garde solemnelle:

- à l'empire russe, alors maître de l'Alaska, qui émettait des prétentions territoriales en Californie et une partie de l'Orégon,

- à la Sainte-Alliance qui voulait installer des princes européens dans les anciennes colonies espagnoles qui venaient de proclamer leur indépendance, ou s'apprêtaient à le faire,

- à l'empire britannique, l'ancien colonisateur toujours souverain dans le Canada voisin.

Tout cela nous paraît bien rétro. Mais c'était l'univers dans lequel on vivait en 1823. Plus tard, quand on voulut synthétiser la "doctrine", on trouva la bonne phrase très "com": l'Amérique aux Américains!", sous-entendant "le continent américain aux Etats-Unis!". Oubliant que les Etats-Unis ne constituent que l'un des pays, sans doute le plus puissant, de la région considérée. Mexicains, Colombiens ou Argentins sont tout autant Américains qu'un New-Yorkais...

Le temps passant, la grande puissance devint elle-même un grand empire voulant contrôler de près tout son voisinage au mépris de la volonté populaire, allant jusqu'à imposer, dans ce but, des dictatures barbares. Mais la méfiance de Monroe à l'égard de l'Europe n'était pas vaine: on le vit avec Napoléon III et l'intronisation (qui finit en désastre) d'un empereur européen (Maximilien d'Autriche), au Mexique. Quant à l'engagement à ne pas intervenir en Europe, ce furent les Européens qui le rompirent en deux occasions: en 1917 et en 1942. Et nous n'eûmes pas à le regretter. On peut le rappeler aujourd'hui, anniversaire de l'Indépendance d'une nation amie.

Antoine Blanca

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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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