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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 11:02

On comprend mal les raisons pour lesquelles on a toujours présenté, dans le monde occidental, le président iranien,  Mahmoud Ahmadinejad, comme le dictateur suprême qui tient le pays, et son régime, entre ses mains à la fois sournoises et vigoureuses. C'est une contre-vérité. Diplomates, journalistes et officiers de renseignement le savent parfaitement. Le grand méchant n'est plus qu'un lame duck, un canard boîteux!


En juin le président sortant ne pourra pas se représenter, en accord avec la Constitution des mollahs. Le terme effectif de ce second mandat est inexorable: le mois d'août. Le choeur de ses ennemis de l'intérieur pourront alors chanter: "Mahmoud, c'est fini". Et cela sera d'autant plus vrai que le 'Conseil des Gardiens de la Constitution' ne validera pas la candidature de celui qu'Ahmadinejad voyait comme son succasseur, Esfandir Rahim Mashaie. Son confident, celui qui lui aurait cédé la place en 2017. Poutine et Medvedev ont fait, semble-t-il, des émules à Téhéran.

 

Cette fois c'est au sein du régime que la bagarre a lieu. Loin des manifestations de masse d'une puissante opposition démocratique qui l'avaient secoué il y a quatre ans. Les accusations volent bas entre partisans et ennemis d'Ahmadinejad. Les thèmes principaux: corruption, népotisme, méthodes mafieuses. Début février, à l'occasion d'une session extraordinaire du parlement, le Chef de l'Etat a répondu à la destitution de son ministre de l'intérieur par la diffusion d'une cassette mettant en cause l'intégrité et la respectabilité du président du parlement, potentiel candidat à sa succession, Ali Larjani. Quelques jours plus tard, au cours d'un déplacement de ce dernier dans la ville sainte de Qoms, les sbires d'Ahmadinejad bombardèrent Larjani de chaussures et de noms d'oiseau...On s'aime, chez les culs bénis de l'Islam chiite...

On paraît ainsi vouloir ignorer l'appel impérieux du Guide Suprême de la Révolution, Khamenéi, exigeant une trêve pré-électorale. Il souhaitait présenter un front uni au moment où il espère négocier avec les grandes puissances sur la question du programme nucléaire iranien. Visiblement ses injonctions sont restées lettre morte. Gravissime, quand on sait que la stabilité de cette théocratie singulière repose sur la suprématie de la parole du Guide.

 

Pire, on dit sur les parvis des mosquées, le vendredi, à l'heure de la grande prière, qu'Ahmadinejad détient des dossiers compromettants sur le maître absolu formel du pays, ses conseillers et sa famille. Il le tiendrait donc par la barbichette ou par les pans de son burnous noir..."Ahmadinejad sait où sont tous les cadavres dans le placard...Cela fait de lui l'homme le plus dangereux du pays", spécule une spécialiste de l'Université de Brookings. Mes amis iraniens pensent, au contraire, que le président sortant a jeté tout son venin lors de la session parlementaire de février, que l'heure de sa sortie a sonné, de manière inévitable. Il lui reste à négocier la protection de ses proches, presque tous suspects, eux aussi, de corruption.

Bref, le régime des mollahs est vermoulu de l'intérieur. Ahmadinejad ne sera bientôt plus qu'un souvenir. Et les occidentaux disposent de toutes les bonnes cartes pour une négociation discrète mais fructueuse.

 

Antoine Blanca

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  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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