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24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 10:57

La naissance d'un petit prince à Londres (avec une maman roturière et tout...), une abdication royale à Bruxelles, ont provoqué une forte poussée de fièvre parmi les amoureux et les amoureuses de contes de fées couronnées. Les paparazzi font des heures supplémentaires et la revue spécialisée "Point de vue/images du monde" triple son tirage.

Pour tenter de donner un éclairage moins bling-bling à cette actualité para-monarchique, une émission matinale de France-Inter avait fait appel à un groupe d'historiens et de journalistes compétents. Au milieu de propos pleins de pertinence sur le rôle des têtes couronnées dans des démocraties modernes, un intervenant a dit et répété 'que les Espagnols étaient redevables au roi Juan-Carlos du retour à la démocratie dans leur pays, alors qu'il aurait pu continuer d'exercer les mêmes pouvoirs que le dictateur". Même si le journaliste a ajouté que le Roi serait avisé d'abdiquer en faveur du prince Felipe (il évoquait ainsi le scandale majeur dans lequel sont mis en examen la fille aînée du Roi, Cristina, et son flibustier de mari), la vérité mérite d'être rappelée à propos de la succession de Franco.

Un accord entre le père du roi actuel et le dictateur avait bien assuré que le jeune Juan-Carlos viendrait vivre en Espagne, y suivrait des études universitaires et militaires dignes d'un prince héritier, et qu'une loi de succession serait adoptée le moment venu par les Cortes franquistes assurant la couronne au Bourbon, lequel serait doté des mêmes pouvoirs que ceux exercés par le 'Generalisimo'. Mais dans l'Europe de 1975 l'avènement d'un roi/dictateur était inimaginable. Juan-Carlos n'avait pas le choix: il ne pouvait être qu'un monarque constitutionnel comme le Belge, le Britannique ou le Suédois.

Pour assurer la transition il fut bien aidé par la modération du PC espagnol (Santiago Carrillo se rallia à la monarchie et à son drapeau pendant la Semaine Sainte de 76), par la détermination du Président du Conseil Adolfo Suàrez et par celle de l'étoile montante du PSOE Felipe Gonzàlez. Sans ces apports la stabilité du pays aurait dangereusement été mise en cause. Le nouveau roi fit simplement preuve de clairvoyance. Il céda au réalisme plus qu'à des convictions démocratiques établies.

 

Antoine Blanca

NB: Officiellement le régime franquiste était un royaume ('un reino'). Cela figure dans le préambule de la Charte constitutionnelle régissant la dictature. Francisco Franco lui-même était "Caudillo de Espana por la Gracia de Dios".

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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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