Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 octobre 2009 7 11 /10 /octobre /2009 12:53
Les révélations d'un écrivain (il les avait gardées sous le coude pendant 20 ans) ont remis l'affaire Ben Barka sous les feux de l'actualité. L'événement dont il est question commença au coeur de Paris,  boulevard Saint Germain, devant la célèbre Brasserie Lipp et eut pour  malheureux héros le principal opposant au roi Hassan II du Maroc.  Des policiers authentiques l'interceptèrent, sans mandat, et l'emmenèrent  au prétexte de simples vérifications. On ne devait plus le revoir, ni vivant, ni mort. L'écrivain, Monsieur Fournier, affirme avoir  depuis longtemps la preuve, documents de Gendarmerie nationale à l'appui, que son corps a été incinéré clandestinement par ses assassins.
Cela se passait en 1965. C'est bien loin pour la majorité de nos compatriotes. Pourquoi alors la seule évocation de ce crime provoque-t-elle, encore, un tel intérêt? Sans doute parce que cet assassinat et les circonstances qui l'ont entouré étaient très significatifs d'une époque.
Celle du gaullisme style Ve République, en France. Celle de la monarchie féodale incarnée par Hassan II, au Maroc.
Les protagonistes français de l'affaire, flics corrompus, mercenaires au chômage de milices qui avaient servi contre le FLN, puis contre l'OAS, barbouzes en tout genre étaient la caractéristique la moins avouable du nouveau régime.
Côté marocain le niveau de responsabilité était plus élevé: il mettait en cause directement (il tortura lui-même Mehdi Ben Barka) le ministre de l'intérieur et ses principaux lieutenants. Tous des officiers de l'armée royale.
En France comme dans le royaume chérifien, les plaies laissées par la guerre d'Algérie étaient encore ouvertes. Des hauts fonctionnaires s'autorisaient de grandes libertés avec la déontologie de leur corps, auprès du Général lui-même Foccart et ses réseaux de barbouzes prétendaient contrôler les anciens territoires africains francophones et l'impunité était la règle pour tous ceux qui disaient travailler pour le pouvoir en place.
Au Maroc, ce n'étaient pas encore les intégristes islamistes que pouvait craindre le jeune souverain: c'étaient les révolutionnaires tiers-mondistes, inspirés par Nasser et Tito, Fidel et Soekarno qui s'apprêtaient à célébrer la "conférence tricontinentale" à La Havane. L'Algérie de Ben Bella, devenue celle de Boumediène, suivait ce chemin et s'apprêtait à revendiquer le contrôle politique du Sahara occidental. Défi intolérable aux yeux des Marocains.
Hassan II avait donc lâché ses chiens de guerre les plus féroces. Il fallait interroger Ben Barka à la manière du bon vieux temps. Puis le liquider et le faire disparaître. Puisque le leader socialiste était de passage en France, où il se croyait à l'abri, c'était là qu'il fallait frapper. On pouvait compter sur des sbires locaux pour s'emparer du bonhomme.
On a, depuis, beaucoup appris sur cette sinistre et ténébreuse affaire. Monsieur Fournier va nous éclairer sur de nouveaux éléments.
De tels faits sont-ils imaginables aujourd'hui?
On a peine à le croire. En France le Chef de l'Etat contrôle personnellement sa police et veille à ce qu'elle travaille dans la transparence et le respect absolu du Droit. Cela ne saurait être mis en doute.
Au Maroc, Mohamed VI n'est pas un tyran comme son papa. Le royaume est paisible et accueillant.
La preuve? le tout Paris passe des vacances heureuses et caressantes dans les palaces de Marrakech. Et il y a même un parlement issu du suffrage citoyen.
C'est dire si les choses ont changé. 
 
Antoine Blanca

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
  • Contact

Recherche

Liens