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29 octobre 2011 6 29 /10 /octobre /2011 11:50
 

Le nom de celui qui aurait dû rester un obscur officier de la Marine de guerre argentine est pourtant tristement familier en France et résonne toujours aux oreilles attentives des ONG du monde entier, du moins de celles qui se préoccupent en priorité de la défense des Droits de l’Homme. Trente quatre ans après les faits pour lesquels il était inculpé, vingt huit après la fin de la dictature militaire, Alfredo Astiz a été définitivement condamné, en compagnie de plusieurs officiers supérieurs et généraux de son Arme, à passer le reste de sa vie en prison.

Dès ma nomination en tant qu’Ambassadeur itinérant pour les pays d’Amérique du sud, d’Amérique centrale et des Caraïbes, le Président Mitterrand m’envoya en mission à Buenos-Aires afin de signifier aux autorités du régime encore en place, l’attention spéciale qu’il portait au sort de nos 17 compatriotes portés disparus, victimes de la répression qui avait suivi le coup d’Etat de mars 1976. Une manière de manifester aussi notre totale solidarité avec les familles de tous les autres disparus (entre 15 et 30000), Argentins ou étrangers.

Alfredo Astiz était particulièrement en cause dans le cas de deux religieuses françaises, Alice Domon et Léonie Duquet, qui assistaient celles qu’on appellera bientôt « Mères de la Place de Mai », dans la recherche de leurs enfants. Elles avaient fait d’une petite paroisse de la capitale, le centre de leurs activités. Astiz s’y était introduit, avec son beau sourire d’ange blond. Il aidait tout ce petit monde, transportait les militants en voiture, rendait mille petits services…et tenait informé les commandos d’action de l’amiral Massera, basés à l’ESMA (Escuela superior de Mecànica de la Armada), centre de torture, d’assassinats et  des spécialistes de la disparition des corps. Les enlèvements se multiplièrent parmi ceux et celles qui fréquentaient l’église. On ne les reverra jamais. Ce fut le cas, notamment, de nos deux compatriotes et d’une jeune suédoise, Dagmar Hagelin. Astiz partit, et poursuivit sa carrière militaire de manière plus conventionnelle.

Il allait être découvert à la fin de la guerre des Malouines, grâce à une photo publiée dans la presse londonienne (fin mai 1982), représentant la reddition peu glorieuse d’un jeune officier chargé d’occuper un îlot de l’archipel. Des « madres » reconnurent alors celui qui avait infiltré leur groupe pour envoyer leurs enfants à la mort. En dépit de quelques arrestations, toutes sans conséquence, la traque du sinistre personnage ne s’arrêta jamais.   

Antoine Blanca

 

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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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