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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 11:32

La presse espagnole titrait hier "50 000 espagnols ont émigré en Allemagne en 2012". D'aucuns se diront qu'il faut vraiment être désespéré pour choisir volontairement de vivre en Allemagne. Mais les Allemands n'ont pas l'exclusivité, loin de là d'être le bénéficiaire cet exode. Le Brésil, (et Saõ Paulo en particulier) accueillit, au cours de la même période, plusieurs dizaines de milliers d'arrivants. Aujourd'hui ces départs massifs sont une surprise. Mais c'est oublier que l'Espagne a été, depuis toujours, une terre d'émigration.

A l'exception de la période s'étendant de 1972 à 2010, quand le pays avait trouvé un souffle économique et social extraordinaire (surtout après son admission au sein de ce qui était alors la Communauté européenne), les jeunes de la terre de Cervantés ont été pionniers en matière d'émigration.

Cela a commencé dès le XVIe siècle, quand la conquête des Amériques leur offrait une incroyable opportunité de vie nouvelle. La colonisation d'une autre Espagne faisait rêver les plus intrépides, les plus aventureux. Comme dans le même temps Maures et Juifs étaient contraints à l'exil (ou à la conversion), le pays perdit beaucoup de sa richesse humaine, de son esprit d'entreprise.

L'or qui arrivait par galions entiers des territoires conquis, s'il offrait, à la monarchie, les moyens matériels à des guerres incessantes, si les victoires en Flandres donnaient à Madrid le sentiment d'être une grande puissance, rien ne compensait une perte continue de substance. Le réveil fut atroce quand, en 1898, ce peuple fier prit conscience de la réalité, avec la perte humiliante de ses dernières colonies : Cuba, Porto Rico et les Philipinnes*.

La dernière grande migration fut européenne. Par centaines de milliers, des travailleurs et des travailleuses espagnoles partirent pour la France, l'Allemagne, la Belgique et la Suisse**. Les premiers pour les usines, les secondes pour être employées de maison. Ces émigrants, quand ils revenaient au pays, pour des vacances ou pour s'y réinstaller, donnaient un nouveau souffle à la gauche clandestine qui combattait Franco. Ils avaient connu, ailleurs, une autre réalité sociale. L'Espagne s'en imprégna et la  dictature fut débordée.

La nouvelle émigration, fille de la crise actuelle, est cependant différente. Ce ne sont pas des ouvriers et des femmes de ménage qui partent, mais des jeunes diplômés désespérés de ne pas trouver de débouchés correspondant à leurs études.

Heureusement l'Espagne et son génie ne meurent jamais. A chaque épreuve correspond dans l'histoire une nouvelle génération littéraire et artistique. C'est la grandeur d'un immense pays.

 

Antoine Blanca


*cette défaite fit éclore une génération intellectuelle féconde en matière de littérature et de philosophie. On l'appela "génération du 98".

**600 000 travailleurs arrivèrent en renfort de l'industrie française entre 1960 et 1965 et 400 000 en Allemagne.

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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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