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30 octobre 2009 5 30 /10 /octobre /2009 10:19
Dans les années 1920 et 1930 la droite française ne prenait pas de gants pour exprimer sa xénophobie. De nos jours est plus précautionneux. On préfèrer recourir à l'allusion (Chirac évoquait les "odeurs" qui incommodaient les voisins des Arabes et autres Africains dans les HLM); pris la main dans le sac anti-beurs, Hortefeux prétendait avoir voulu se référer aux Auvergnats (un grand incompris) ; et la sous-ministre itinérante Rama Yade a été priée de laisser le champ libre aux blancs-blancs dans les Hauts-de-Seine pour tester ses chances électorales dans le 95 "où il y a davantage de Noirs" comme elle (le moment se surprise passé, elle a courbé l'échine et soigné son mal de dos).
Mais le fond de la pensée xénophobe reste essentiel en Sarkozye. Il  ne s'agit pas, du moins pour son chef, de racisme primaire ou secondaire, mais d'une manière de s'incliner devant des réalités objectives: les 4 ou 5% de voix piquées dans le panier lepéniste en 2007, doivent rester part du patrimoine de l'UMP.  A cette fin, il faut faire et dire ce qu'il convient. Et laisser les âmes sensibles à leurs lamentations sans y prêter plus d'attention que nécessaire.

Si Sarko a trouvé en Eric Besson l'exécuteur des basses oeuvres dont il rêvait, c'est le Président lui même qui a, et de loin, le discours le plus inquiétant.
En reliant, quand il s'adresse aux agriculteurs, la notion d'appartenance à la terre à celle d'identité nationale.
Il l'avait fait déjà en une précédente occasion, et cela n'avait pas été relevé. C'était dans sa première allocution destinée aux paysans. Dans le Jura, il y a trois jours,  il a été beaucoup plus loin et plus précis.
Le vieux Maréchal avait, l'histoire en a gardé la mémoire,  déjà jonglé  avec ce thème avant d'en faire son axe idéologique de référence.
L'appartenance directe à la terre de France est , affirmait-il en substance, la meilleure garantie de notre continuité, de notre identité, de non enracinement dans la nation.
L'homme de l'Elysée ne dit pas autre chose, en prenant soin d'envelopper le tout de papier de soie...et d'ajouter aux paroles une petite fortune en aides et prêts (fortune prélevée sur un déficit budgétaire déjà vertigineux). On espère ainsi reconquérir un électorat naturel en rebellion ouverte.
C'est le côté pratique de la chose. Sarko ne veut voir, en tout cas , que cet aspect du problème. Il court au plus urgent et ne s'embarrasse pas de nuances, surtout à la veille des régionales.

Mais l'important pour notre pays, son devenir et son avenir, est  ailleurs. Nous sommes héritiers d'un passé de puissance colonial et notre visage a beaucoup changé depuis la fin de la Grande Guerre et  davantage encore dans le dernier demi-siècle. Nous sommes aujourd'hui un peuple milti-ethnique, multi-confessionnel et, d'une certaine manière, multi-culturel. Il suffit d'observer les équipes tricolores sur les terrains sportifs.
Quant aux autres européens qui sont venus en France comme réfugiés politiques (Espagnols, Polonais, Russes...) ou immigrés économiques, qui y ont souvent fondé une famille, se sont naturalisés et se veulent citoyens de plein droit, la définition sarkozyenne de l'identité nationale, en la liant à la terre, les exclut  ipso-facto de la communauté. L'origine hongroise, en ligne directe, de la famille du Président aurait dû le conduire à plus de nuances dans ses paroles.

Mais à quoi bon s'attarder sur ce cas d'opportunisme misérable et désespérant. Tout est petit dans la pensée de ce bonhomme. Avec le temps elle ne peut que se rétrécir.  
Antoine Blanca

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  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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