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29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 10:09

Quand j'ai appris qu'on allait déterrer le corps du président Salvador Allende afin de déterminer les causes de son décès (assassinat par les militaires factieux ou suicide), j'ai hésité entre stupeur et indignation. Car si nombre de points concernant les événements du 11 septembre 1973 demeurent obscurs et doivent retenir l'attention de chercheurs et d'historiens, le suicide du Président constitutionnel du Chili est un fait documenté par un témoignage incontestable, celui de son médecin et ami le Docteur Giron.

Le 11 septembre était un mardi. Allende subissait la pression de plus en plus forte de la droite chilienne qui tentait d'immobiliser le pays en paralysant les transports (grèves des propriétaires de camions payés par la CIA, interruption des exportations de cuivre, manifestations des dames des beaux quartiers suivies de leur domesticité et armées de casseroles). Le 24 juin il y avait eu répétition générale de coup de force militaire, mouvement rapidement jugulé par le Chef d'Etat major, le général Carlos Prats. Mais ce dernier avait dû démissionner pour être remplacé par Pinochet (1). Le Président avait décidé de surprendre en annonçant un appel à un référendum constitutionnel. Les textes étaient prêts et Don Salvador allait s'adresser au peuple en ce jour qui allait être celui de sa mort.

 

En quittant sa résidence de Tomàs Moro avec son escorte, très tôt ce matin là, le Président savait tout des mouvements suspects dans les casernes. Arrivé à La Moneda, il appela son petit monde dans son bureau, renvoya quelques uns, dont une de ses filles (qui tenta de résister à son ordre), sous différents prétextes, ne gardant auprès de lui que ceux capables de manier une arme à feu. Il demanda aussi aux carabiniers de partir mais fit saisir leurs armes et leurs munitions. Quand les militaires félons attaquèrent le Palais, la riposte fut vigoureuse. Nous avons une photographie montrant "El Chicho"(surnom affectueux que le petit peuple donnait à son président) casqué et armé, avec sa garde rapprochée, observant les dégâts causés par les premiers bombardements aériens. 

Il s'adressa à la Nation par les ondes. Le souvenir de ses allocutions me prend encore aujourd'hui à la gorge.
Quand la fin devint inéluctable une dernière réunion des fidèles se tint dans le bureau présidentiel. Le Chef de l'Etat ordonna à tout le monde de quitter La Moneda. Il sortirait le dernier, assura-t-il. Le Dr. Giron resta avec son confrère et ami. Mais Allende lui dit de partir aussi, qu'il avait quelque chose à faire et qu'il le suivait. Arrivé à la porte, le docteur entendit une rafale de PM. Allende s'était suicidé en plaçant le canon sous la gorge. Sans doute se refusait-il à une reddition à des traîtres, à se livrer à leurs possibles manipulations.

Le témoignage du docteur est irréfutable et aurait dû éviter cette exhumation regrettable à tout point de vue.


Antoine Blanca

(1) Carlos Prats et son épouses furent assassinés à Buenos Aires grâce à la complicité des autorité argentines de cette époque.


(pour en apprendre davantage je vous renvoie à la biographie que j'ai écrite, éditée chez Bruno Leprince "Allende, l'autre 11 septembre"; la première édition, abondamment illustrée, parue en 1975 chez Martinsart est malheureusement épuisée)


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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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