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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 16:57

Longtemps espéré, le prix Nobel de Littérature n'était plus attendu par les amis de Vargas Llosa. L'écrivain aura appris la nouvelle avec un sentiment de délivrance, un baume appliqué sur une plaie. Une plante vertueuse porte d'ailleurs le nom de "baume du Pérou". Il souffrait surtout du mal d'orgueil dans un silence toute relatif: il n'avait jamais accepté le couronnement, il y a vingt-huit ans, de son ami intime Gabriel Garcia Màrquez. Ex-ami, devrais-je dire. Car quand on parle de Mario il y a de nombreux "ex". La fidélité n'est pas sa qualité majeure. Il a abandonné violemment ses convictions révolutionnaires et les amitiés qui allaient avec, et il a même abandonné son pays, le Pérou, sans état d'âme, au lendemain d'une défaite à l'élection présidentielle. Il n'y est plus revenu, sauf pour se voir remettre un diplôme de Docteur honoris causa par une Université privée (il collectionne ce genre de doctorats tralala).

Sa défaite face à Fujimori, un inconnu d'origine japonaise, un ingénieur agronome parlant un castillan pauvre et hésitant avait été ressenti, à juste titre, comme une humiliation. Il avait fait ses valises et avait gagné l'Europe pour s'y installer définitivement. "Vous ne me méritez pas", avait-il paru dire à ses supporteurs et à ses sponsors de la bonne société liménienne qui ne lui avaient pas ménagé  leur appui moral et financier.

 

Assurément Mario Vargas Llosa est un grand romancier. Créteur de génie, il a abordé tous les genres littéraires, de l'érotisme au roman policier ou fantastique. On ne se lasse pas de  lire ses bouquins, de la première à la dernière ligne. Avec lui, l'intérêt ne faiblit jamais. Ce prix n'est pas volé, même si d'autres écrivains dans le monde hispanique le méritent tout autant que lui. Mais il aurait gagné à rester un homme de lettres. Il a jeté aux orties les idées sociales généreuses qui étaient les siennes, comme il renoncera plus tard à sa nationalité péruvienne pour prendre l'espagnole. Son engagement libéral-thatchérien l'a conduit à écrire des articles inacceptables contre Mitterrand et la gauche française. Quand j'étais Ambassadeur de France au Pérou j'ai eu le plaisir de polémiquer avec lui par voie de presse, car il s'était attaqué aussi à la manière de vivre des Français, aux conquêtes du Front populaires comme à celles de la Libération.

Les deux derniers hispanophones à avoir obtenu le Nobel littéraire étaient l'Espagnol Camilo José Cela (1989) et le Mexicain Octavio Paz (1990).

Mario Vargas les rejoint donc au panthéon universel de la langue de Cervantes. Un Espagnol de plus. Un ancien péruvien.

 

Antoine Blanca

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  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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