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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 12:50
Le rapprochement de ces deux personnages peut surprendre. Frédéric Lefebvre, dans la politique en France, et Diego Maradona, dans le foot argentin ne jouent ni dans la même discipline, ni  dans le  même  monde. Le point de coïncidence réside dans la simultanéité et la violence extrême de leur attaque contre les médias.

Regardons d'abord du côté de Buenos-Aires. Là-bas le foot déborde le terrain sportif. Le pouvoir observe de très près les résultats, surtout quand il s'agit de ceux de la sélection nationale. La grande presse d'information est à l'unisson des hommes politiques. Elle fait des résultats du dimanche les premières pages, les gros titres. Alors, quand tout va mal pour les porteurs du maillot "ciel et blanc", c'est de fait le gouvernement qui décide de prendre les choses en mains. On coupe la tête du mauvais entraîneur, bouc émissaire par nature, et on nomme une personnalité populaire. C'est de cette manière que Diego Maradona, qui n'avait jamais pratiqué sur le banc de touche, s'est vu proposer le job. Nouveau sélectionneur de cette équipe prestigieuse qui fournit des vedettes à tous les grands clubs d'Europe.
Les journalistes spécialisés firent la gueule et partagèrent leurs doutes avec leurs lecteurs et leurs auditeurs. Diego était bien une légende vivante du ballon rond, s'exclamaient-ils: mais il n'était pas qualifié pour diriger, encadrer un groupe de haut niveau. Une telle compétence ne s'improvise pas.
Ce qui suivit leur donna raison. Diego se fiait à ses intuitions,  à ses coups de coeur successifs pour tel ou tel jeune talent, faisait revenir en grâce tel ou tel vétéran injustemment oublié. En peu de mois soixante joueurs furent convoqués dans les stages de la sélection. Il n'y eut jamais d'équipe type, pas de schéma de jeu. Improvisation rythme avec approximation.
Les résultats ne furent d'ailleurs jamais au rendez-vous et si,-- après des défaites humiliantes contre la Bolivie, le Paraguay et le Brésil (à domicile!),-- l'Argentine finit miraculeusement par se qualifier dans les arrêts de jeu, contre le Pérou, ce fut sans honneur ni gloire.
Mais Diego vécut cette victoire chanceuse, arrachée à la fatalité, non seulement comme un triomphe, mais comme une revanche sur ceux qui avaient osé douter de ses capacités. Ces minables de scribouillards, s'étaient permis de le critiquer, étaient allés jusqu'à prédire une non qualification de l'équipe. Comment osaient-ils douter de son génie footballistique, lui qui avait fait valider un but marqué de la main à l'Angleterre.
Il se défoula donc contre les journalistes dans une conférence de presse, en termes choisis: "puisque vous vous êtes trompés, vous devez maintenant me la sucer. Je le repète: me la sucer". Il n'avait aucun mal à retrouver le langage imagé de sa "villamiseria", du bidonville où il avait été élevé, où il avait commencé à jouer au ballon avec une balle en chiffons. Où, millionnaire, il avait fait bâtir une maison digne de Dallas au milieu des masures et des cabanes à lapins. Il ne s'en était, en vérité, jamais mentalement éloigné, n'avait pas supporté de vivre dans une ville sophistiquée comme Barcelone, ne s'était trouvé à l'aise, en Europe, qu'à Naples dont il a été l'idole. On comprend pourquoi.

Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'Elysée, --au prétexte de la victoire du volumineux Douillet, gavé aux pièces jaunes, dans une législative partielle, succès pourtant attendu, prévisible, presque inéluctable dans un traditionnel fief de droite--, a attaqué en des termes également violents le milieu "médiatico-politique". "Vous vouliez la peau de Sarkozy. Le vrai peuple vous a répondu". S'il avait pu, sans doute aurait-il exigé de ces incroyants au dieu en talonnettes, de s'agenouiller par la pensée et de procéder au même rituel que celui exigé des journalistes par le footballeur archange de "la Bonbonera", le stade de Boca Juniors.
M. Lefebvre n'est pas aussi mal élevé. Mais en revanche il parle en  pleine connaissance de cause. Sa sortie a été préméditée. Elle est partie d'un plan d'attaque froid. Il n'agit pas sous le coup de l'émotion, Et sa menace de style mussolinien n'est pas vaine. Il dispose vis-à-vis du monde médiatique qui veut faire carrière, des armes qui sèment la panique. Et les munitions ne lui manquent pas.
Maradona, lui, parle à chaud, avec la verdeur spontanée, la grossièreté qui lui sont naturelles. Sa sortie lui coûtera 10000 dollars d'amende et quelques matchs de suspension.
Lefebvre de son côté calcule ses coups. Je ne veux pas lui faire l'honneur du verbe "méditer", trop noble...
Il faudra les lui faire payer car il n'a aucune circonstance atténuante.

Antoine Blanca

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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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