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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 17:22
Comme tous ses amis, je l'appelle Gabo. Et il vient d'avoir 82 ans. Sa présence nous manque. La romancier autant que le journaliste. Mais aussi l'homme passionné de son tortueux et flamboyant pays, l'inlassable voyageur et l'univers extravagant, parfois fantasmagorique, toujours humain jusque dans ses excès, qu'il a offert à ceux qui ont eu le bonheur de l'approcher. Avant de l'ouvrir, cet univers, à ses dizaines de millions de lecteurs.
Pour la première fois, moi qui n'aime pas cet exercice, j'ai  éprouvé le besoin, le 6 mars dernier, de lui souhaiter "bon anniversaire".
Et c'est alors que je me suis aperçu que je ne savais plus où envoyer ma petite carte...
Voilà longtemps qu'il n'a rien publié. Sa dernière oeuvre, le premier tome d'une autobiographie qui devait être suivi de deux autres ("vivir para contarla"), nous a laissés sur notre faim. La suite de l'ouvrage, serait  donc aussi la confirmation de sa bonne santé retrouvée, après une épreuve difficile à surmonter. A son agent(e) barcelonaise qui avait annoncé qu'il renonçait à écrire, Gabo a indirectement répondu, pour la contredire, dans le quotidien bogotan El Tiempo, "qu'il ne faisait que ça, écrire".
Je voudrais tant, en attendant donc de le lire(suite de son autobiographie, un nouveau roman??), l'interroger sur les mystères qui entourent la vie politique dans son grand pays. Et, au-delà,  sur les rapports de ce dernier avec ses voisins bolivariens, ses frères, Venezuela et Equateur.
Car malgré son triomphe mondial comme romancier, il n'a jamais cessé d'être un journaliste passionné de politique aux couleurs des Amériques.
La Colombie nous inquiète. Tout, là-bas, est contradiction: la popularité du Président Uribe auquel le Conseil constitutionnel vient de refuser un troisième mandat; la victoire numérique des "uribistes" et des conservateurs aux législatives de dimanche alors que des haines profondes opposent les uns aux autres, la démobilisation apparente des milices privées au moment même où des observateurs sérieux certifient que ces mêmes paramilitaires sont en train de multiplier les opérations sanguinaires destinées à faire tenir les petites gens tranquilles...
J'ai regardé les photos triomphantes du jeune Juan Manuel Santos, entouré de femme et enfants. Fils à papa d'une grande famille libérale, passé dans le camp d'en face. Ancien ministre de la Défense, c'est dire...Ce serait lui qui, au mois d'août, succéderait à Alvaro Uribe. On s'avance beaucoup. On fait comme si la Colombie était une démocratie ordinaire, prévisible.
J'aurais aimé recueillir l'avis de Gabo sur tout cela. Lui demander, par exemple, si une nouvelle vague de violencia, comme celle qui enflamma le pays après l'assasinat du leader libéral populaire Jorge Eliécer Gaitàn (le 9 avril 1948), ne risque  pas d'éclater au moment où on l'attendra le moins. La guerre civile qui suivit devait durer dix ans et faire un million de morts. Mais, en fait, cette guerre civile n'est qu'assoupie.
Les conditions, je le pense, existent pour une telle explosion dans un pays où les dépenses de défense, de sécurité, exhorbitantes dans un pays accablé de tant de misère et d'injustices, n'occultent pas le véritable drame de la majorité encore silencieuse.
Ou plutôt réduite au silence par l'intimidation la plus brutale.

Antoine Blanca

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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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