Lundi 20 février 2012
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Hier dimanche, 600000 Espagnols ont défilé dans 57 villes, dont Madrid, Barcelone, Valence et Séville. C'est le chiffre sur lequel les observateurs indépendants se sont accordés (par exemple les
confédérations évaluaient le chiffre de manifestants à un demi-million à Madrid, et la police, à 50000...). Les dirigeants syndicaux n'espéraient pas de telles affluences. Même si le
mécontentement est palpable face à la dureté anti-sociale des mesures adoptées par le nouveau pouvoir conservateur, le sentiment d'impuissance domine et favorise la démobilisation. Le monde du
travail ne croit pas envisageable un recul du gouvernement nouvellement installé, décidé qu'il est à appliquer une politique conforme au souhait de ses responsables, et aux voeux de ses
partenaires européens, du FMI et de la Banque mondiale, des principales agences de notation (qui viennent pourtant encore de dégrader la note de l'Espagne...).
Un ami syndicaliste, au téléphone, après avoir défilé à Alicante:
"Nous regardons avec angoisse ce qui se passe en Grèce. Notre situation n'est pas aussi dramatique que la leur, mais le sentiment que nous avons de ne pas avoir prise sur notre destinée est
identique. Les grandes manifs à Athènes n'ont abouti à aucun résultat concret. La presse ne parle et ne montre que les destructions, la violence. Heureusement les services d'ordre de l'UGT et des
Commissions Ouvrières tiennent, chez nous, la rue bien en main. Mais nous nous sentons intimement incapables de changer le cours des événements. Le pouvoir mondial de la finance est en train de
nous anesthésier. Regardez en France: vous avez réussi six grandes manifestations nationales contre le nouveau régime des retraites. Pour quel résultat? Néant. Les Français avez cependant un
avantage considérable sur nous: ici la gauche vient de perdre les élections; vous, vous avez toutes les chances de les gagner". Le responsable de la Confédération socialiste (UGT), me tape
(téléphoniquement) sur l'épaule avec un pauvre sourire (imaginé), avant d'ajouter: "le 6 mai, ne nous oubliez pas!"
Pas moi, en tout cas...Et surtout ne renonçons pas à l'espoir. La France, l'Europe, les organisations syndicales ont déjà connu des situations de blocage. Nous les avons toujours surmontées, à un
moment ou à un autre de notre histoire récente. Quant à la société ultra-libérale, dont les représentants continuent de prospérer outrageusement, elle devrait réviser sa politique de constante
provocation: l'exaspération née de l'injustice institutionnalisée peut conduire à des formes de luttes spontanées pouvant avoir des conséquences imprévisibles.
Antoine Blanca
Par Antoine Blanca
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