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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 10:08

Fidel:

"Avant de nous quitter, je tenais à vous faire part de mon sentiment concernant votre programme de candidat lors de la dernière élection présidentielle. Vous avez annoncé qu'en cas de succès, vous renonceriez à l'arme atomique. A mes yeux, il s'agissait là d'une erreur stratégique majeure. Croyez-moi, si mon pays disposait d'un tel moyen de dissuasion, il le garderait en réserve en vue d'obtenir les assurances les plus solides de l'adversaire potentiel !"


Je revois la scène. Nous étions dans un avion Tupolev qui nous ramenait de Santiago de Cuba à La Havane. Le soir même, la visite de la délégation du PS prenait fin. Une petite semaine assez extraordinaire au cours de laquelle le chef de la Révolution cubaine ne nous avait pratiquement jamais quittés(1).
Mitterrand, de l'autre côté de la table pliante qui le séparait de son hôte, écoutait les propos de ce dernier, répondait brièvement de temps à autre. Mais quand il fut question du nucléaire, il se contenta de sourire, de cette manière énigmatique qui n'était ni approbation, ni désapprobation. Fidèle n'insista pas. Il voyait bien que son invité ne cessait d'écrire avec application. Peut-être croyait-il que Mitterrand prenait des notes, s'appuyant sur un dossier en carton placé sur ses genoux. En réalité, même s'il ne perdait pas un mot de ce que disait son interlocuteur, propos  que je traduisais, notre Premier secrétaire s'occupait aussi de ses amis de la Nièvre à qui il envoyait des cartes postales (j'avais eu le plus grand mal à les obtenir).


S'il n'y eut pas de réponse directe à la "déclaration-interrogation" du Comandante, l'abandon de l'arme nucléaire ne figurait plus dans le programme de 1981. Sans doute que notre candidat avait déjà pris cette décision avant le voyage cubain.
C'était en octobre 1974. La gauche française avait été battue de justesse quelques mois plus tôt et le règne gicardien venait de commencer. Fidel avait donc envoyé son invitation à un battu. Mais il sentait qu'il allait recevoir un futur Président. Et négligea de prendre en compte les observations des Russes et la mauvaise humeur du PCF.

                                           **************

J'ai repensé à cette scène, au quasi-monologue de Fidel, en entendant Sarkozy confirmer à Washington que la France n'allait pas renoncer unilatéralement à l'arme nucléaire. Venant de lui, sans doute s'agissait-il moins de manifestation patriotique d'indépendance, que de ne pas abandonner un espace gaullien à son futur adversaire Galouzeau (de Villepin). C'est sa manière, à lui, d'être grand.

 

Antoine Blanca

(1) La délégation que conduisait François Mitterrand comprenait aussi: Gaston Defferre, Didier Motchane, André Rousselet, Régis Debray. Le Premier secrétaire et le Président du groupe parlementaire socialiste étaient accomagnés de leur épouse (Danielle et Edmonde Charles-Roux). On aura compris que j'en étais aussi.

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  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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