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19 juillet 2013 5 19 /07 /juillet /2013 10:24

Je vais vous faire un aveu qui me coûte: parce que j'étais un jeune militant socialiste très orthodoxe, j'ai longtemps refusé de croire qu'un gouvernement à direction SFIO, avec, à Alger, un Ministre-Résident, Robert Lacoste syndicaliste et résistant, pouvait employer des méthodes identiques à celles de la Gestapo contre nos soldats de l'ombre. Jusqu'en juin 57 j'étudiais à Toulouse. Cet été là je retournais en Algérie et, à l'automne j'étais inscrit à la Fac de Lettres d'Alger tout en commençant à travailler dans l'Education nationale. Avant de quitter la ville des violettes, j'avais participé, dans le service d'ordre, au Congrès national de mon Parti. Je parvins à m'entretenir en privé avec Guy Mollet (dont le gouvernement qu'il dirigeait était tombé), et le Ministre Lacoste, toujours en fonction. L'un et l'autre affirmèrent la main sur le coeur que la torture n'était pas pratiquée en Algérie ('même s'il peut y avoir des bavures' reconnurent-ils).

Je lus le livre d'Henri Alleg peu de temps après sa publication (interdite) en France. Sur beaucoup de points son témoignage fut pour moi une révélation. Il s'agissait d'un ouvrage format Que sais-je?. Prose sobre, affirmations factuelles comme si le torturé n'était pas l'auteur. Il rapportait aussi son séjour dans une cellule de la prison de Barberousse, dans les hauteurs de la ville, aux limites de la Casbah. Les 'aubes de guillotine' le chant 'man djabellina'(de nos montagnes), qui montait des poitrines des prisonniers disant ainsi 'adieu' aux condamnés. Le journaliste communiste algérien (il dirigeait le quotidien algérois Alger républicain*). Finalement le supplicié aura vécu jusqu'au bel âge de 92 ans. Un gars solide dans son corps comme dans sa tête.

Le drame algérien est lourd à porter. Je venais de lire La question quand, revenant de donner un cours en grande banlieue algéroise, je fus pris en stop par deux bérets rouges (un lieutenant et un sergent-chef). Je m'installais sur le siège arrière et les militaires poursuivirent une conversation déjà entamée. Le lieutenant avait dirigé une séance de torture 'à la baignoire' sur une jeune algérienne."Le plus difficile fut de la faire mettre complétement nue. Madame avait ses pudeurs". Suivaient tous les détails sur les électrodes placés aux endroits du corps le plus sensible, les hurlements, le refus de parler...Je réussis à descendre un peu avant d'arriver à destination.

 

Antoine Blanca


* Contrairement à ce que dit la presse, Alger républicain n'était pas le porte-parole du PCA. Le Comité central de ce parti avait un hebdo officiel, Liberté. C'est important de le rappeler car le quotidien dont Alleg était patron de la rédaction se voulait aussi lieu de libre expression des mouvements nationalistes. Notamment du MTLD de Messali.

 


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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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