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15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 12:09
On vient d'en recevoir confirmation: de nouveaux membres vont venir prochainement grossir les rangs d'une Union Européenne déjà surpeuplée d'adhérents. Le rêve que certains d'entre nous avaient nourri de voir naître un jour des Etats-Unis d'Europe s'éloigne définitivement. Davantage de monde, c'est inévitablement  moins d'intégration.
Il demeure que, même si elle a perdu de son charme, l'Union a le mérite  d'exister comme un lien politique, économique et social important entre les nations et entre les peuples du continent. Tout médiocre qu'il soit, le Traité de Lisbonne constitue un pas dans la bonne direction. Il affaiblit le camp des euro-sceptiques et laisse la voie ouverte à de nouveaux progrès.
Dans ce contexte le débat engagé sur la possible adhésion de la Turquie retient particulièrement mon attention. J'ai demandé à bien plus compétent que moi sur la question, à Daniel Mitrani, journaliste bien connu et ancien Auditeur de l'Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale, de nous faire part de son avis.
On trouvera ci-après le texte de la correspondance qu'il m'a adressée.

Daniel commence par citer une lectrice du quotidien catholique La Croix qui fait remarquer que "paradoxalement, le Pas-de-Calais a marqué, au cours de l'Histoire, une coupure plus profonde que les détroits de Gilbraltar et du Bosphore". Certains "anti", ajoute-t-il, intégrent cette réalité dans le débat. D'autres l'ignorent: seule les intéresse la recherche de nouvelles justifications à leur refus, l'intermède du dernier sommet de l'OTAN, par exemple.
Ankara a tenté d'empêcher le nomination du premier ministre danois Rasmussen [hélas sans succès], comme secrétaire général. D'autres membres de l'alliance ont dû s'inquiéter de voir ce poste clé confié à l'homme qui, en 2003, avait été l'ardent supporter de Bush jr. dans l'expédition contre l'Irak; aucun ne l'a dit [encore une fois, hélas], sauf les Turcs. Qui avaient, c'est vrai, d'autres griefs.
Des griefs qui témoigneraient d'une curieuse conception de la liberté d'expression du côté danois. Certes, Rasmussen tolérait au Danemark une véhémente télévision kurde; et quand , en 2005, un journal de Copenhague publia des caricatures dont l'une représentait Mahomet avec une bombe dans le turban, il ne manifesta aucune réprobation. Mais était-il raisonnable de réclamer qu'il fût mis en quarantaine pour ces deux motifs, nous demande Daniel Mitrani?
C'est oublier une troisième raison. Quand l'affaire des caricatures éclata, soucieux de voir si on pouvait désamorcer la bombe, les ambassadeurs des pays musulmans accrédités à Copenhague demandèrent à rencontrer le premier ministre. Rasmussen refusa. Il y avait de quoi ressentir, en Turquie, et conserver une méfiance durable. D'autant plus que Rasmussen continuait à gouverner avec une extrême droite passablement islamophobe.
...Or, à en croire certains maîtres à (mal) penser, Islam et Démocratie seraient incompatibles...Si on leur rappelle que, selon le temps et le lieu, toute religion peut être interprétée de manière crispée et fermée, ou bien épanouie et ouverte, ils se replieront sur une position préparée à l'avance: "A Ankara le pouvoir est entre les mains des islamistes!". C'est vite dit: le chef du gouvernement turc et son AKP ont pris clairement leurs distances avec leur intégrisme originel. Le désir d'Europe ne peut qu'accentuer cette mutation dans le bon sens. [S'il y a des partis démocrates chrétiens dans l'Union, pour quelle raison bannir un parti "démocrate-musulman"?]
Plutôt que d'en rester à des images figées, propose Mitrani, faisons régulièrement le point pour savoir si, de part et d'autre, on s'impose d'avancer vers les objectifs fixés lors de l'ouverture des négociations. Surtout quand il s'agit de thèmes aussi délicats que Chypre ou la minorité kurde, les agressions contre les Chrétiens et contre des activistes démocrates. [Un dossier crucial est cependant en voie de réglement, celui concernant le génocide des Arméniens].
L'Union Européenne sera, en tout état de cause, obligée de s'impliquer, que la Turquie soit membre ou pas. Et Daniel Mitrani de conclure:"plus l'adhésion sera ajournée, plus les problèmes resteraient ou redeviendraient explosifs. A contrario, plus le principe de cettte adhésion apparaîtrait irrévocable, mieux les progrès pourraient se frayer leur chemin".
J'approuve totalement le point de vue de mon ami Daniel sur ce dossier délicat. Dans l'Union à trente et quelques qui se dessine, laisser une puissance régionale comme la Turquie sur le bas-côté serait une erreur stratégique majeure.
 
Antoine Blanca

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