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10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 11:58

Les insurrections qui ont permis de renverser les dictatures policières et notoirement corrompues de Ben Ali et de Moubarak n'ont toujours pas une orientation politique bien déterminée. La situation ainsi créée a été naturellement bien accueillie par les démocraties occidentales. Après, faut-il le rappeler, quelques rounds d'observation: c'est que ces deux autocrates déchus  étaient les fidèles gardiens de l'ordre et de l'économie libérale dans leur région respective. L'idéal démocratique c'est très bien, pensaient nos gouvernants, mais la tranquillité en c'est temps troublés, c'est encore mieux. On avait donc longtemps souri à ces despotes obscurs.

Finalement les occidentaux ont été rassurés. L'avenir d'une société démocratique est désormais garanti  dans ces deux pays. La paix et le libéralisme, tout autant. On compte, il est vrai, sur la vigilance des forces armées, surtout au Caire...

Mais le mouvement commencé en Tunisie, amplifié en Egypte, continue et s'enracine au Yémen et en Syrie. Tourne hélas à la lutte armée en Libye avec, conséquence non désirée, l'intervention militaire, sous surveillance onusienne, de l'OTAN.

Mais notre propos d'aujourd'hui ne concerne pas l'actualité politico-militaire. Il consiste à nous interroger sur l'origine idéologique de ce mouvement multiforme qui met sens dessus-dessous le monde arabophone.

En fait, à mon avis, l'idéologie, au sens strict du terme, est totalement absente. Les rebelles savent ce dont ils ne veulent plus (l'arbitraire, le népotisme et la corruption qui les accompagne inévitablement). Le pluralisme démocratique peut leur convenir. Mais sans véritable conviction. Si, comme disent certains, il s'agit de révolutions, elles manquent encore de personnalités susceptibles de les incarner.

Habib Bourguiba ou Gamal Abdel Nasser représentaient l'espoir de leur peuple, massivement, sans que l'on puisse dire, pour autant, que leur proposition  fût démocratique. Du moins de notre point de vue d'occidentaux.

Bourguiba, comme Nasser étaient des dirigeants laïcs en pays musulman. Des  modernistes et des nationalistes. L'un et l'autre avaient préconisé la construction d'un Etat fort, progressiste socialement, se donnant les moyens de riposter aux attaques de l'ennemi naturel. Là s'arrêtent les similitudes: Nasser était un militaire qui, après avoir rendu le Canal à son peuple, voulait fonder avec les autres pays du Moyen-Orient et même du Maghreb, une Nation arabe unifiée en une sorte de Confédération. Bourguiba, lui, était un moderniste à la Ata Turk très attaché aussi à la culture venue de la France républicaine et à l'ouverture sur le monde, ami de l'Europe nouvelle et de l'Amérique.

Il reste que leur insurrection s'appuyait, au Caire comme à Tunis, sur des fondements idéologiques clairs et solides.

Ce n'est pas le cas des rebelles d'aujourd'hui. Ce qui ouvre la voie à toutes les inconnues.

 

Antoine Blanca

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  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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