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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 12:40

Partout en Europe les gouvernements, presque tous aujourd'hui conservateurs,  parfois même ultra-conservateurs, mettent en place des plans féroces  qui touchent les droits acquis par les salariés. Sans véritable concertation  préalable avec des organisations syndicales autrefois incontournables.

Finalement ce sont les travailleurs français qui restent  aujourd'hui seuls à se battre. Sur la défensive, certes, mais avec détermination. Pourtant on n'a cessé, avec raison, de souligner que nos confédérations ouvrières sont atomisées, que le pourcentage de syndiqués est ridiculement bas...Mais la combativité d'une base, qui devrait être désarticulée par la maigreur de ses structures  organisationnelles, ne cesse de surprendre les observateurs les plus sceptiques. Les troupes se battent, la hiérarchie suit le mouvement.

A l'opposé, dans les trois pays où ces structures ont été traditionnellement puissantes, Royaume Uni, RFA, Suède, la passivité des salariés -- malmenés par des mesures portant atteinte à des droits durement gagnés par leurs aînés,  qui  bouleversent insidieusement vie quotidienne -- est affligeante.

Tout se passe comme si la faiblesse numérique de nos forces syndicales  avait permis de révéler la capacité spontanée des masses françaises  à se mobiliser et même à séduire la partie de la population la moins directement concernée. Le mouvement de solidarité vis à vis des manifestants et des grévistes a été, ces dernières semaines, remarquable. Sans doute parce qu'il traduit une indignation qui va bien au-delà du dossier des retraites.

Pourtant il  faut se garder de se montrer injuste vis  à vis de nos  partenaires Britanniques, Allemands et Suédois. Ils étaient parvenus à imposer à la société bourgeoise des droits sociaux et économiques que nous leur avons longtemps enviés. Le plus souvent par le moyen pachidermiique de la force tranquille. Les métallurgistes, les mineurs de charbon et les chimistes allemands, britanniques ou suédois pouvaient tenir pendant des semaines quand ils décidaient de lancer un mot d'ordre de grève professionnelle. Ils disposaient de "fonds de grève " conséquents, d'un trésor de guerre redoutable pour aider les salariés et leur famille à tenir pendant un long conflit. Presque toujours ils finissaient d'ailleurs par imposer une négociation victorieuse. Combien de fois sont-ils venus par ailleurs en aide à leurs camarades de France (mineurs de Decazeville), d'Espagne pendant la dictature franquiste (avril 61 dans les Asturies)! Partis et syndicats d'inspiration démocrate-socialiste avaint modelé une nouvelle société humaniste et libertaire qu'on pouvait avantageusement opposer au stalinisme qui séduisait encore en France et en Italie.

Mais la grande grève, qui devait durer toute une année, des mineurs de charbon anglais contre Madame Thatcher, en 1984, marqua le grand tournant. La cruelle défaite finale toucha tout le monde dans  l'univers du syndicalisme démocratique. La puissance ouvrière, intimément liée aux partis démocrate-socialistes s'effrita avant de s'affaiblir en profondeur. Et cela dure encore.

L'arrogance de l'hyper-libéralisme s'est installée partout, a pris possession des esprits comme de la société.

En France, quelque chose a peut-être commencé. Mais les luttes qui s'annoncent seront longues et incertaines.

 

Antoine Blanca

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  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
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