Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 octobre 2010 3 27 /10 /octobre /2010 10:25

Benoît XVI a demandé la grâce de Tarek Aziz qu'un tribunal irakien vient de condamner à la pendaison.

Il m'arrive de n'être pas d'accord avec la Pape.

Cette fois je le suis pleinement. Pas seulement, ceux qui me connaissent s'en  doutent,  parce Tark Aziz est un Arabe chrétien. Mais parce que l'ancien diplomate onusien que je suis l'a rencontré longuement à plusieurs reprises, conversé avec un militant et un homme d'Etat cultivé et de bon commerce. Parvenu avec lui à des compromis qui ont sans doute contribué à sauver nombre  de vies humaines.

Quand en Irak les Américains exerçaient encore un contrôle sur la répression exercée contre les anciens dirigeants du Baas (ou Bath) irakien, l'ancien ministre des relations extérieures de son pays avait écopé d'une quinzaine d'années de réclusion. Je trouvais déjà que c'était lourd pour une personnalité qui avait toujours tenté de représenter, avec un visage humain,  un régime qui l'était si peu. Celui du parti baassiste aux idéaux duquel  Tarek Aziz  avait édhéré dès son adolescence et dont un autre chrétien, syrien celui-là, avait été le père fondateur (1).

Cette mission difficile il l'accomplissait avec doigté, souvent avec autant de délicatesse que les circonstances le permettaient. L'Armée etatsunienne et les autorités qu'elle avait mises en place créérent, au milieu du chaos généralisé, et des ruine bagdadies,  une zone hyper-protégée, appelée "zone verte", zone  où fonctionnaient, outre les pouvoirs civils et militaires, des tribunaux et des prisons très sécurisées, avec leurs potences en rodage, servies par des apprentis bourreaux en cours de formation accélérée. 

Saddam, son bras droit Ramadhan, son cousin-germain Ali, furent les premiers à en faire les frais. Peu de monde pensait que Tarek le diplomate, le lettré, l'homme que tant de Chefs d'Etat et Ministres occidentaux avaient tutoyé (et auquel ils avaient souvent eu recours pour obtenir  des services discrets et complexes),  qu'un  ancien dignitaire déjà condamné, verrait son procès reprendre avec une telle force assassine. Cette fois ce sont ses compatriotes seuls, des hommes qui avaient participé de très loin et dans des abris confortables, aux épreuves traversées par leur pays, qui  prétendent faire peser leur bras vengeur. Vengeance pour exorciser leur propre peur ressentie hier dans un  exil doré.

Ces chiites qui se disputent désormais le contrôle du pays, sans y parvenir d'ailleurs après une mascarade électorale déjà vieille d'une année, ne pardonnent pas à Tarek son engagement politique, mais surtout ses origines chétiennes. Car les chiites , s'ils  veulent mettre les sunnites minoritaires à genoux  pour toujours (sunnites qui avaient tenu les rênes du pouvoir bien trop longtemps à leurs yeux), s'imposent, dans un premier temps, à procéder avec les  chrétiens à la solution finale sur toute  l'étendue du territoire. Ces chrétiens représentaient au début des années soixante, douze à 15% de la population. Sous Saddam, ils étaient encore 6% et pratiquaient librement leur culte. Tarek  était un peu leur garant devant le pouvoir. Après les derniers événements, après que les autorités aient laissé incendier les églises et les monastères centenaires, liquidé les biens et les personnes, il ne resterait plus que 2%. à tenter de survivre en accord avec leur foi. Ceux qui n'ont pu  quitter l'Irak, faute de moyens, de diplômes, de relations à l'étranger.

La condamnation à mort contre Tarek Aziz vise avant tout le chrétien.
Ce n'est pas une raison pour nous rendre complice du meurtre qui se prépare.

 

Antoine Blanca

(1) Il s'agit de Michel Aflak, mort en 1989 à Paris

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Antoine Blanca
  • : Blog politique dans le sens le plus étendu:l'auteur a une longue expérience diplomatique (ambassadeur de France à 4 reprises, il a aussi été le plus haut dirigeant de l'ONU après le S.G. En outre, depuis sa jeunesse il a été un socialiste actif et participé à la direction de son mouvement de jeunesse, du Parti et de la FGDS. Pendant plusieurs années il a été directeur de la rédaction de "Communes et régions de France et collaborateur bénévole de quotidiens et revues. Il met aujourd'hui son expér
  • Contact

Recherche

Liens